La fête des Anges

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CHRONIQUE / Ils sont là par dizaines avec leurs ballons et dans quelques... (Archives Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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Archives Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Ils sont là par dizaines avec leurs ballons et dans quelques instants, ils les laisseront s'envoler au ciel, le coeur serré et les yeux plein d'eau.

C'est là un moment très chargé en émotions, mais c'est aussi un geste nécessaire dont la signification a un petit quelque chose de libérateur.

Ces gens qui sont rassemblés ont tous une tragédie en commun. Le même drame, mais une histoire différente pour chacun d'eux.

Certains l'ont raconté des milliers de fois et fort probablement qu'ils la raconteront encore des milliers de fois.

D'autres préféreront la garder dans leur tête ou leur coeur, mais d'être entouré de tous ces gens qui ont vécu la même tragédie qu'eux les aidera à s'accrocher et surtout, à croire à un futur, et ce, malgré une absence qu'ils n'arriveront jamais à oublier.

On l'appelle la fête des Anges et c'est aujourd'hui même qu'elle a lieu. Pour les gens du Saguenay, ça aura lieu au Complexe funéraire Carl Savard à 11h tandis que dans le haut du Lac-Saint-Jean, l'événement se tiendra à la Chapelle de la Pointe des Pères de Dolbeau-Mistassini à 10h30.

Évidemment, je ne vous raconterai pas ici une fois de plus en long et en large ce que ma conjointe et moi avons traversé, mais bon, pour ceux et celles qui l'ignoraient, nous avons traversé deux deuils périnataux en 2008 et en 2012. Ça, pour ceux et celles à qui ce mot a le même effet qu'une phrase en mandarin, ça signifie la mort d'un bébé qui survient au cours de la grossesse, lors de l'accouchement ou dans sa première année de vie.

Pas très jojo comme sujet, j'en conviens.

Toutefois, ce qui est somme toute encourageant, c'est qu'il y a près de huit ans, lorsque ça nous est arrivé pour la première fois, j'aurais dû vous formuler une définition un peu tout croche du deuil périnatal et voilà que désormais, des ressources existent afin de s'informer sur le sujet. D'ailleurs, cette définition, je l'ai directement piquée au site de Parents Orphelins, un outil exceptionnel venant en aide aux parents qui doivent traverser une telle épreuve.

En ce qui me concerne, la première fois que ça nous est arrivé, je ne savais même pas qu'une telle chose pouvait arriver. Puis, après coup, j'ai fait comme bien des gens à qui ça arrive et j'ai fouillé sur le Web, dans l'espoir de mieux comprendre ce que nous traversions. J'ai encore souvenir qu'un des seuls trucs qui traitaient du sujet, c'était un reportage de Radio-Canada dans lequel une vieille dame expliquait que des dizaines d'années après qu'elle ait vécu cette épreuve, elle avait toujours en mémoire le visage de son enfant. La claque que ça m'avait donné. Je me disais: «Bordel, je viens de plonger en enfer et ça ne finira donc jamais!»

Et maintenant, près de huit ans plus tard, je peux vous confirmer que ce que disait cette dame, c'était bel et bien vrai. Or, les souvenirs ne changent peut-être pas avec le temps, mais ils finissent par prendre une autre signification et ainsi, ils ne réveillent plus les mêmes émotions.

Aujourd'hui, quand ces souvenirs me reviennent en tête, ce n'est plus de la douleur ou de l'amertume qui m'animent, mais une prise de conscience qui me fait réaliser à quel point chaque vie est un petit miracle. Du coup, je réalise aussi à quel point la vie est un combat que l'on mène dès le tout premier centième de seconde.

Certes, je m'en serais bien passé de ces deux tragédies, mais chaque fois qu'une épreuve se dresse sur mon chemin ou qu'un truc pas possible se produit et que je revois à nouveau la lumière au bout du tunnel, je me dis que nos deux petites étoiles qui veillent chaque soir sur nous du haut du ciel y ont peut-être contribué.

Enfin, si jamais vous avez la chance de voir s'envoler tous ces ballons de la fête des Anges aujourd'hui, dites-vous que chacun d'eux est une vie qui, bien qu'elle n'ait pas eu la chance de faire son bout de chemin ici bas, elle existe et elle vit dans le coeur de ses parents. Et comme le disait si bien Victor Hugo: «Le souvenir, c'est la présence invisible.»

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