Terrifiants téléromans

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Personnage de Marie Lamontagne dans Unité 9... (Photo courtoisie)

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Personnage de Marie Lamontagne dans Unité 9

Photo courtoisie

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Ce n'est pas la première fois que je vous en parle et bien honnêtement, si la tendance se maintient, ça ne risque pas non plus d'être la dernière fois.

Alors, dites-moi mesdames et messieurs, trouvez-vous vous aussi que nos téléromans sont plus que déprimants?

Je vous demande ça, car plus les années passent et plus j'ai l'impression que quelqu'un quelque part a déclenché une espèce de compétition du genre: «Qui va parvenir à angoisser le plus de téléspectateurs?»

Maintenant, vous pouvez m'accuser de parler à travers mon chapeau, car je ne regarde pratiquement aucune de ces émissions, mais il reste que j'en ai souffert assez longtemps pour savoir de quoi je parle.

Parce que oui, les téléromans sont comme la fumée secondaire. Dès que tu as quelqu'un dans ton entourage qui en consomme, tu finis toi aussi à en ressentir les effets.

Voyez-vous, comme bien d'autres personnes, ma tendre future épouse avait l'habitude de relaxer le soir venu en visionnant ces fameux téléromans.

Or, chaque soir, elle partait ensuite au lit avec toutes ces histoires inquiétantes qu'on lui proposait. Par exemple, si ce n'était pas la mort tragique d'un personnage qui la bouleversait, eh bien, le lendemain, c'était un terrible diagnostic qui survenait chez un autre personnage qui la hantait.

Évidemment, on me dira qu'il n'y a pas de quoi fouetter un chat dans toute cette histoire, car à la fin, ce sont des émissions destinées aux adultes consentants et surtout, c'est bien clair que tout ça n'est que de la fiction, mais il reste quand même que si chaque soir, pendant deux heures, on vous fait baigner dans un océan de tragédies éventuelles, vous en ressortirez certainement avec quelques traces ici et là.

En fait, on a beau être des adultes bien lucides, cela ne nous empêche pas d'être habités par des inquiétudes et du coup, d'être exposés à tous ces scénarios de tragédies du quotidien en série, j'imagine que tout ça finit par agir comme une espèce de catalyseur.

Et puis hop, on ne le dira pas trop fort, mais qu'on ait 20 ans ou 60 ans, on est tous encore un peu des gamins dans nos coeurs. Les monstres cachés sous nos lits qui nous terrorisaient jadis se cachent maintenant dans nos pensées labyrinthiques et ils ont désormais des noms. Cancer, séparation, infidélité ou maladie, on n'a qu'à les nommer pour nous faire frissonner.

Or, voilà que ma conjointe a pris une décision que je salue haut et fort. Elle a décidé d'éviter ces téléromans et vous savez quoi? Elle dort vraiment mieux.

Ici, rien de si étonnant quand on y repense. En effet, si chaque soir je racontais à mon garçon avant qu'il s'endorme le synopsis des aventures de Chucky, la poupée qui tue, je peux vous en passer un papier que ses nuits seraient certainement moins reposantes.

Du coup, pourquoi les adultes devraient endurer en tant qu'histoires «avant d'aller faire dodo» des trucs qui ne sont que des prétextes à enchaîner drames et tragédies afin de garder les téléspectateurs rivés à leur petit écran?

Peut-être aussi que c'est ma mémoire qui me joue des tours et qui me donne cette illusion que ça n'a pas toujours été ainsi. Le vieux nostalgique en moi se souviendra toujours que dans mon temps, alors que j'étais enfant, les deux seuls gros drames qui ont ponctué mes soirées de télévision avaient été la mort tragique du chum de Bernie et la mort foudroyante de Rémi Duval, dans Jamais deux sans toi et Les héritiers Duval.

Mais bon, à quoi bon chialer? Comme l'écrivait cette semaine dans une lettre ouverte une des concurrentes de l'insolite téléréalité Célibataires et nus: «Le public n'a pas besoin d'aimer ce qu'il regarde, tant qu'il regarde.»

Et visiblement, au nombre de téléromans tragiques qui sont diffusés chaque soir, vous êtes encore beaucoup à les regarder.

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