Le labyrinthe

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CHRONIQUE / On dit qu'il n'y a pas de hasard et pour vous dire vrai, plus je... (123rf)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / On dit qu'il n'y a pas de hasard et pour vous dire vrai, plus je vieillis et plus j'y crois.

Je vous dis ça, car voilà que nous sommes en plein mois de la prévention du suicide et il faut croire que le fait que tout ça survienne en septembre, ce n'est vraiment pas une coïncidence.

Rapidement comme ça, en moins de quelques jours, j'ai trois connaissances, dont deux bons amis, qui ont été hospitalisés, car ils étaient en détresse psychologique.

L'un de ces amis n'a jamais caché que ça n'allait pas bien. Depuis plusieurs mois, il nous tenait au parfum de sa situation et bien qu'il y avait parfois quelques hauts ici et là, ceux-ci ne servaient à la fin qu'à lui donner encore plus d'élan pour chuter encore plus profondément.

Comme dans une téléréalité lugubre à laquelle nous n'étions que quelques personnes à avoir la chance d'assister, nous avons donc suivi le parcours difficile et labyrinthique de la maladie mentale. Et ici, l'emploi du qualificatif « labyrinthique » ne pourrait pas être plus approprié.

On lui a donc fait tout d'abord rencontrer un généraliste, qui en quelques coups de crayon, a griffonné sur un papier du médecin des noms à coucher dehors de médicaments pour ensuite dire à mon ami : « On va voir ce que ça va faire et d'ici ton rendez-vous avec un spécialiste, ça devrait t'aider à tenir la route. » Bon, ce n'est pas textuellement ce qu'il lui a dit, mais au final, c'est ce que mon ami a retenu.

Et puis hop, au fil des jours, les médicaments ont fait effet, mais ici, qu'on se comprenne, ce n'est pas parce que ça fait effet que le résultat est nécessairement bénéfique.

Alors pendant des semaines, c'est un peu comme si on avait laissé la garde de mon ami à des produits chimiques qui s'amusaient à transformer son humeur et sa santé psychologique en gros yoyo.

Mon ami a ensuite consulté une panoplie de spécialistes et de médecins qui, à tour de rôle, lui ont prodigué un véritable arc-en-ciel de diagnostics de toutes sortes.

« Tu es bipolaire de type 2000 », « tu fais une dépression », « tu fais de l'anxiété du futur », « tu es juste fatigué », et j'en passe.

Évidemment, avec toute cette gamme de diagnostics, même l'homme le plus équilibré de la planète aurait fini par perdre la boule. En fait, ne manquait plus qu'un médium qui lui aurait appris qu'il était hanté par un esprit maléfique souffrant de dépression et ici, on aurait pas mal fait le tour.

Heureusement, cet ami a eu le courage un certain soir de franchir les portes d'un hôpital et de tirer la sonnette d'alarme en faisant bien savoir au personnel médical qu'il faisait désormais face à un mur.

Du coup, le chemin qu'il aura à traverser avant de reprendre le dessus s'annonce encore très long, mais au moins, il est maintenant entouré de gens qui, j'ose l'espérer, lui serviront de boussoles.

Ce que j'aurai appris de ce spectacle auquel j'ai été aux premières loges, c'est que la détresse psychologique, ça n'a rien à voir avec l'idée qu'on s'en fait. Certes, il existe des cas où ça vous crève les yeux qu'un individu en souffre, mais dans la plupart des cas, cette détresse parvient souvent à se cacher derrière des sourires, des blagues et autres expressions qui vous laisseraient habituellement présumer que tout est sous contrôle.

Alors voilà, la prochaine fois qu'un ami ou un proche aura le courage de vous faire savoir que ça ne va pas, n'allez pas faire l'erreur de prendre ça à la légère en vous disant : « Mais il souriait quand même, alors ça ne doit pas être si pire que ça » afin de vous rassurer.

Voyez plutôt ça comme un signe exceptionnel de confiance. C'est un privilège de savoir que les autres comptent sur vous.

Certes, le système pourra faire quelque chose pour cette personne, mais trop souvent, l'inévitable se produit avant même qu'il ne se mette en marche.

Soyez là. Écoutez. Ne jugez pas. Et surtout, croyez cette personne.

Et le jour où tout ça sera derrière vous et que le soleil brillera à nouveau, vous verrez un vrai sourire inonder son visage et cette fois-ci, ça ne sera pas un masque qui tentera de vous berner.

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