Lettre à ma mère

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CHRONIQUE / Salut maman, tout d'abord, tu dois te demander pourquoi je t'écris... (Photo 123RF)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Salut maman, tout d'abord, tu dois te demander pourquoi je t'écris aujourd'hui. Parce qu'à bien y penser, ce n'est pas comme si ton anniversaire s'en venait ou que c'était bientôt la fête des Mères. D'ailleurs, ne t'inquiète surtout pas, je ne t'écris pas parce que j'ai dans la tête de t'emprunter quelques dollars.

Non, en fait, je t'écris aujourd'hui parce que tu es là et que je sais que tu vas me lire.

Sinon, si je t'écris ici en public, c'est que j'ai pensé que ce que j'avais à te dire, eh bien!, il y a certainement beaucoup de gens qui auraient aussi envie de le dire à leur mère ou leur père, mais ce n'est pas toujours facile de trouver les mots et comme le destin a préféré faire de moi un homme de mots plutôt qu'un homme fort, j'ai cru bon d'en faire profiter aux autres. Ils n'auront qu'à changer une phrase par ci et par là et à l'envoyer à leurs parents et ça me fera plaisir.

Alors voilà. Si je t'écris aujourd'hui, c'est que j'ai récemment réalisé un truc et j'avais envie de te le partager.

Tu sais, avec mon garçon qui grandit (trop vite), je me rends de plus en plus compte que déjà demain, il ne sera plus le petit bonhomme que j'ai vu grandir au cours des dernières années. Déjà, il commence à développer sa propre personnalité et surtout, il aimerait ça être vieux.

Par exemple, les fous rires qui l'animaient lorsqu'il était bébé ont cédé leur place à des sourires ou des répliques amusantes, mais il m'arrive encore parfois de capter ici et là un rayon de ces fous rires d'antan lorsqu'on le chatouille ou qu'il vit des moments d'euphorie.

Tout ça m'a donc fait réaliser à quel point ça n'a pas dû être toujours facile pour toi. Je le sais, parce que déjà, je me surprends parfois à raconter à mon fils qu'hier encore, il était tout petit et qu'il aimait tellement faire tel truc et je vois bien que d'ici peu de temps, ça finira par lui faire faire des grimaces du genre: «Hey papa, reviens-en, je ne suis plus un bébé.»

Yep! Il aura raison. Mais cela me fait comprendre que toi aussi, tu avais raison quand tu me répondais chaque fois que je serais à jamais ton petit bébé.

Il y a quelques jours, je pensais à tout ça et je me disais à quel point je ne t'ai pas épargné. Tu sais, les longs mois sans te donner de nouvelles parce que j'étais à Montréal et que je n'avais pas payé mon téléphone... Bordel, si un jour mon gars me fait ça, on va certainement me ramasser à l'urgence. J'en suis tellement navré maman.

Et puis hop! Je t'écris ça et je voudrais sincèrement m'excuser pour toutes ces fois où tu passes à la maison et que j'ai de la broue dans le toupet ou que je suis crevé de ma semaine et qu'il faut alors me tirer les vers du nez pour t'expliquer un truc que j'ai pourtant expliqué à 200 personnes auparavant, et ce, avec tout l'enthousiasme du monde.

Maintenant, j'aurais pu te raconter tout ça de vive voix, mais tu sais bien que sensible comme je suis, je fondrais en larmes. Mais bon, te connaissant très bien, je peux déjà gager que la prochaine fois qu'on se verra, tu feras par exprès pour faire semblant que tu n'as pas tout compris et je serai alors obligé de revenir sur cette lettre et ultimement, je me retrouverai certainement les yeux dans l'eau. Je le sais parce que tu trouves toujours le moyen de me faire verser une petite larme, mais aujourd'hui, je comprends pourquoi. Ce n'est pas par cruauté, mais bien parce que pendant un bref instant, tu revois dans ces yeux brillants de larmes le petit bonhomme tout fragile que j'étais il y a déjà quelques décennies.

Alors voilà maman. Je t'aime et je voulais vraiment que tu saches que plus les années passent et plus je réalise à quel point tu as toujours fait l'impossible pour moi.

Et puis tu sais quoi? J'ai peut-être le corps et la tête d'un gars de 36 ans, mais grâce à toi, dans mon grand coeur, je resterai toujours le petit bonhomme qui attendait impatiemment que tu reviennes de la Floride après deux semaines seulement.

Reste encore longtemps avec nous. Tu vas voir, je vais finir par être bon pour avoir moins l'air bête.

P.S.: ne m'appelle pas pour rien aujourd'hui, je serai à Montréal et comme j'ai oublié de payer mon téléphone...

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