Ces pieds nauséabonds 

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CHRONIQUE / J'ai une confidence un peu gênante à vous faire. (123rf)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / J'ai une confidence un peu gênante à vous faire.

Alors voilà, cet été, j'ai été très négligent.

Le truc, c'est que l'été passé, ma blonde m'avait acheté deux paires d'espadrilles. Or, bien que je me fasse la même promesse chaque fois que j'ai de nouvelles chaussures, ce n'est jamais bien long avant que tout finisse par s'effondrer.

Alors hop, au lieu d'alterner chaque paire de chaussures afin de leur donner un répit et une période d'aération, je mets sans cesse la même paire jusqu'à ce qu'elle devienne toxique puis, une fois qu'il est trop tard, je répète le même processus pour la seconde paire pour ultimement me retrouver avec deux paires de chaussures dont le parfum pourrait facilement mener à l'extinction de l'humanité.

De fait, j'ai donc amorcé l'été actuel avec ces deux paires de l'année passée en sachant très bien que tôt ou tard, leur niveau de toxicité reviendrait à la charge. Toutefois, une fois cette étape atteinte, on se retrouve alors dans un cul-de-sac horrible.

En effet, comment se magasiner d'autres chaussures lorsque tout ce que vous pouvez vous mettre dans les pieds s'apparente à des bombes à retardement nauséabondes?

Mais bon, il y a quelques jours, j'ai pris mon courage à deux mains et j'ai donc décidé de me rendre dans une boutique de chaussures pour me libérer enfin de ce cauchemar interminable auquel mes pieds semblaient condamnés à jamais.

Voilà donc que quelques heures plus tard, je sirotais une bière en compagnie de mes amis Mélissa et Martin lorsque mon amoureuse leur a dit qu'elle avait dû retourner à la boutique de chaussures pour aller me chercher une paire d'une pointure plus grande que celle que j'avais achetée.

«Ouais, le truc c'est que je ne les ai pas essayées avant de les acheter... que j'ai répondu honteusement.

- Mais il me semble pourtant que lorsqu'on achète des chaussures, la première chose que l'on fait avant de les payer, c'est de les essayer non? que Martin m'a dit.

- Ben oui, mais y'avait comme une complicité qui s'était installée entre la vendeuse et moi et je ne pouvais pas lui faire subir l'odeur horrible de mes chaussures.

- Mais tu lui as dit quoi? que Martin m'a demandé, visiblement interloqué.

- Ben que je préférais lui éviter cet épouvantable spectacle et alors, elle m'a dit que je n'avais pas à m'inquiéter, car elle en avait vu de toutes les couleurs et c'est là que je lui ai dit que je voulais bien la croire, mais que ça serait un autre de ses sens qui serait mis à l'épreuve.

- Eh ben bravo Joël! que Martin s'est exclamé. En agissant ainsi, tu seras à jamais réduit à l'idée du client dont les pieds étaient les plus nauséabonds de toute l'histoire du centre d'achats, car elle s'imaginera à jamais le pire et, crois-moi, son imagination est certainement plus puissante que tout ce qu'elle aurait pu sentir en réalité.»

Là, probablement que j'avais la même expression faciale que le gars qui réalise que ce n'est pas en reniflant un réservoir d'essence qu'on arrive à savoir s'il reste du carburant à l'intérieur.

Parce que oui, je devais me résigner, Martin avait absolument raison.

Maintenant, j'aurais bien aimé ça tirer une morale brillante de toute cette histoire en vous parlant de l'importance d'assumer nos défauts qui nous gênent au lieu de tenter de les masquer derrière un voile de mystères, mais pour vous dire vrai, je suis prêt à parier que vous pourrez trouver une meilleure formulation que moi.

Et puis hop, à la fin, tout ce que je voulais vous dire, c'est que j'ai maintenant de nouveaux souliers et en d'autres mots, c'est donc là une très bonne nouvelle pour tous: la fin du monde a encore été repoussée de quelques semaines.

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