Dans la peau d'un boss

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
CHRONIQUE / Je viens de faire une pas pire passe de cash, comme on dit en bon... (Photos.com)

Agrandir

Photos.com

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je viens de faire une pas pire passe de cash, comme on dit en bon français.

Maintenant, avant que vous ne vous imaginiez que je vous raconte ça pour me péter les bretelles avec mon chapeau du bonhomme de Monopoly sur la tête, cet argent va principalement servir à payer une nouvelle toiture pour la maison. C'est plate hein comme dépense?

Et puis, que l'on se comprenne, ce qui est à mes yeux une passe de cash ferait rire bien des fonctionnaires ou des cadres qui gagnent un tel montant chaque semaine. Mais bon, je suis un artiste et un pauvre chroniqueur avant tout et étant donné mon statut, ce qui est une vulgaire pièce d'un dollar pour le bourgeois des temps modernes peut équivaloir à dix dollars de mon point de vue.

Bref, si je vous raconte ça, c'est que pendant trois semaines, j'ai eu le « bonheur » d'occuper temporairement ce qui s'apparente à un poste de supérieur, c'est-à-dire que pendant près de 21 jours, des employés relevaient de ce qu'on pourrait appeler mon « autorité ».

Pour être franc avec vous, je vous écris ça et je n'ai jamais eu autant l'impression de tenir une chronique qui relève purement et simplement de la science-fiction.

Alors voilà, je pourrai maintenant dire que j'ai déjà été une espèce de patron et ça a littéralement changé ma façon de voir la fonction de « boss ».

Premièrement, quand tu es boss, même ce qui t'apparaît comme étant la décision la plus insignifiante de la planète peut avoir des répercussions épouvantables.

D'ailleurs, c'est au moment de prendre une de ces décisions que tu prends conscience qu'il y a des dizaines et des dizaines d'employés qui pourraient en payer le prix si jamais tu te plantes. Ce n'est plus toi versus le monde, mais ta gang versus le monde. Des gens qui ont des familles à nourrir, des maisons à payer et des projets dans le futur. Alors une fois que tu as saisi ça, tu prends une bonne grande respiration et tu souhaites que ton jugement ne soit pas altéré et surtout, que tu aies pris la meilleure décision qui soit.

Ici, vous allez certainement me percevoir comme étant très candide, mais dans ma tête folle, je me plaisais souvent à imaginer que la job de boss, c'était d'être dans ton bureau à compter ton argent et à gosser tes employés quelques fois par jour en leur exigeant des trucs débiles. Ou bien de regarder ce qu'ils avaient fait dans la journée et avec tout le recul du monde, de leur dire qu'ils auraient dû faire ça comme ça à la place alors que les employés eux, étaient littéralement dans le feu de l'action à faire ce qu'ils pouvaient faire. Il reste qu'en ce qui concerne le dernier segment, c'est souvent un peu vrai et ça fuck justement la patente quand l'employé doit porter temporairement les chaussures du patron. Tu es là à te dire qu'il faudrait que tel truc soit fait en sachant très bien que peu importe la personne à qui tu vas le demander, ça va gravement l'ennuyer.

Et puis sinon, tu vis aussi l'incroyable effet du miroir. En d'autres mots, tu réalises assez rapidement que toutes les excuses dont tu te servais pour un retard ou autre problème du genre, eh bien!, elles n'étaient vraiment pas plus originales que la moyenne.

Ça, c'est sans compter les trucs que tu réponds généralement à tes patrons comme : « Ça, on l'a déjà fait » ou « Oui oui, on est déjà là-dessus ». Avant d'être un patron temporaire, tu te disais : « Mais est-ce qu'il me niaise ou il a vraiment réussi à oublier ça? », et puis là, tu réalises qu'en fait, ton boss a tellement de trucs à gérer que c'est pas mal normal qu'il ait oublié ça. Évidemment, je ne vous cacherai pas que même si je n'ai pas détesté cette expérience, je suis plutôt heureux d'être revenu à mes fonctions de simple pion. Le stress, ça finit par me rendre morose. Et puis c'est bien beau faire de l'argent, mais ça te gruge pas mal tout ton temps, car rien ne se perd et rien ne se crée.

Alors voilà, dans quelques semaines, je serai à nouveau fauché, mais je préfère ça à me faire dire par ma blonde et mon fils qu'ils s'ennuient de passer du temps avec moi.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer