Sous l'oeil de Big Brother

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J'ai une histoire d'horreur à vous raconter. (Photo 123rf)

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Joël Martel
Le Quotidien

J'ai une histoire d'horreur à vous raconter.

Mais ce qui est le plus troublant, c'est que cette histoire d'horreur, vous êtes trop de gens qui la vivez quotidiennement.

Alors voilà, au début, votre employeur vous annonce qu'il va faire le grand saut vers la technologie et que désormais, tout va mieux aller.

Et puis hop, un jour, alors que vous vous apprêtez à entrer dans le camion de la compagnie, vous apercevez ce truc qui clignote juste au-dessus de votre tête.

On vous dira tout d'abord que ce truc qui clignote, c'est un gadget qui s'assure que vous êtes en sécurité. C'est-à-dire que ce truc va surveiller la vitesse à laquelle vous roulez et ainsi, vous n'aurez plus jamais en tête de braver les limites de vitesse.

Et puisqu'on y est, on va aussi vous filer un tout nouveau téléphone doté d'une puce ou d'un truc qui permet de vous localiser en tout temps.

Ainsi, si jamais vous aviez le malheur un jour d'avoir un accident ou d'être coincé à un endroit dangereux, on pourra vous localiser en quelques centièmes de seconde.

C'est généralement comme ça que ça débute. On vous impose ces trucs en ne perdant pas une seule seconde pour vous rassurer en vous faisant comprendre que le but, c'est de veiller sur vous.

Or, voilà que quelques jours plus tard, alors qu'un de vos enfants est malade ou qu'il y a un truc imprévisible qui retarde votre départ au boulot, vous comprendrez assez rapidement qu'on ne vous a pas tout dit. Il y a votre patron qui vous attend à la porte et subtilement, il vous demande pourquoi vous êtes partis si tard de la maison. Et pourtant, comment pourrait-il savoir cela si malgré tous ces obstacles, vous êtes arrivé à l'heure?

Eh oui! Vous commencez à tout comprendre: on vous avait dit qu'on voulait veiller sur vous, mais on avait aussi omis de vous dire qu'on voulait surtout vous surveiller.

Maintenant, une fois qu'on vous a plongé dans ce délire orwellien, que pouvez-vous faire?

Certes, vous pourriez vous lever et affirmer haut et fort à votre patron qu'il s'agit là d'une intrusion à la vie privée, mais ces équipements qui vous surveillent sont la propriété de votre employeur et s'il peut vous surveiller de si proche, c'est bien parce que vous avez accepté de les utiliser. Et là, qu'on se comprenne, je ne vous dis pas que c'est un choix que vous avez fait. En fait, vous avez accepté, car de toute façon, vous n'en aviez justement pas le choix.

Alors hop, vous découvrirez assez tôt qu'il fait bon vivre en se sachant si bien (sur)veillé.

Désormais, chacun de vos déplacements et de vos détours sera comptabilisé, scruté et analysé. On pourra maintenant vous demander de vous justifier si vous avez parlé une minute de trop avec un client ou si vous avez décidé de vous payer un café.

C'est merveilleux non?

Donc voilà.

Je suis bien conscient que c'est là un sujet délicat et que si vous êtes dans une telle situation, il est fort probable que vous la viviez confidentiellement en vous disant que tout le monde est dans le même bateau et que «kestu veux» ...

Mais bon, je tente quand même ma chance: je serais très intéressé à connaître vos histoires d'horreur concernant ce que je considère comme étant de l'abus de surveillance.

Ici, vous pouvez me faire confiance, je n'irai pas republier vos histoires en vous nommant pour ainsi vous mettre dans l'embarras. Et puis, au pire, si jamais je reçois trop de vos histoires, je dirai à mon boss: «hey, y a un dossier pas pire à faire sur ce sujet-là.»

Sur ce, je vous laisse, car j'ai beaucoup de travail à faire.

Et puis maintenant que mon employeur est rassuré et qu'il a lu ça, ne me reste plus qu'à souhaiter qu'il ne verra pas sur Facebook qu'en réalité, j'écoute un film avec ma blonde et mon gars.

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