Un «pet dans de la ouate»

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Mais juste au moment où je m'accrochais à cette théorie et que je commençais à y croire, voilà que ma blonde m'a secrètement dit: «Ne refais plus jamais une blague de mononcle poche comme ça. Je suis gênée.»

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / C'était en 1998. J'étais alors probablement le pire cuisinier de l'histoire de la totalité des restaurants McDonald's et je travaillais cette journée-là. Si ma mémoire est bonne, je devais faire un «shift» de 13 h à 16 h. C'était d'ailleurs mon seul «shift» de la semaine.

Ce matin-là, j'avais dormi chez ma blonde de l'époque et j'avais été réveillé par un appel de ma mère qui m'apprenait que ma soeur allait accoucher dans les prochaines heures.

Sans tarder, j'ai couru jusqu'au spot à côté de ce qui deviendrait plus tard l'Odyssée des Bâtisseurs et j'ai levé courageusement mon pouce en espérant qu'un Bon Samaritain m'offrirait rapidement un lift d'Isle-Maligne jusqu'à un coin pas trop loin de l'Hôtel-Dieu d'Alma.

Et puis hop, je suis enfin arrivé à l'hôpital et finalement, après plusieurs heures d'attente, j'ai dû quitter les lieux avant que ma soeur n'accouche, car l'Empire McDonald's comptait sur moi afin de mettre la main à la pâte pour cette journée importante où les Big Mac seraient en spécial à quelque chose comme deux dollars. D'ailleurs, je peux vous en passer un papier comme quoi cette journée-là, j'en ai fait cuire des boulettes.

Et pendant que je flippais ces centaines de boulettes de steak haché (ou plutôt des pâtés de boeuf), voilà donc que mon filleul est né.

À 18 ans donc, j'étais déjà mononcle. Mais légalement seulement. C'est-à-dire que malgré ce nouveau titre noble, j'avais la conviction que je n'aurais jamais le tempérament d'un mononcle.

Au cours des années suivantes, même si j'ai été un parrain plutôt maladroit, je me réconfortais au moins à l'idée que côté attitude, j'étais peut-être un mononcle, mais un mononcle moderne. En d'autres mots, le mononcle dont l'âge et la culture n'ont pas l'air de provenir d'une autre époque.

Pour être bien franc avec vous, j'ai été habité par cette certitude pendant 18 ans. Mais voilà qu'à 36 ans, la réalité m'a frappé de plein fouet: on n'échappe pas à son destin.

Ça s'est passé pendant le party d'anniversaire d'Alexis. Ça, vous l'aurez deviné, c'est justement mon filleul.

Ma soeur avait donc organisé une fête à notre «chalet» familial et en plus de nombreux membres de la famille, il y avait une bande d'amis d'Alexis qui étaient là.

Tout se passait plutôt à merveille jusqu'à ce qu'on remette les cadeaux. Voilà donc qu'au moment où Alexis déballait un de ses cadeaux et que tout le monde se demandait bien de quoi il s'agissait, ça m'a soudainement pris comme ça, sans raison. Un peu comme si mon esprit avait soudainement été possédé par une force occulte, j'ai lancé: «C'est un pet enveloppé dans la ouate.»

Oui oui, j'ai vraiment dit ça.

Pour ajouter au drame, un silence de mort a ensuite régné pendant un bon deux secondes qui m'a semblé durer une éternité. Toutefois, par instinct de survie et de dignité, je me suis alors consolé en me disant que ma très mauvaise blague avait probablement passé dans le beurre et qu'en fait, seule mon humble personne avait eu vent de ce commentaire misérable.

Mais juste au moment où je m'accrochais à cette théorie et que je commençais à y croire, voilà que ma blonde m'a secrètement dit: «Ne refais plus jamais une blague de mononcle poche comme ça. Je suis gênée.»

En 13 ans de vie de couple et après au moins 50 000 mauvaises blagues, c'était la première fois que ma blonde jugeait que j'avais enfin atteint le no man's land de l'humour poche.

Le soir venu, je prenais ma traditionnelle marche en repensant à cette journée pourtant magnifique, mais il y avait cette ombre qui planait dans mes souvenirs comme quoi le mononcle moderne que j'avais toujours cru être n'était en fait qu'une longue gestation qui venait de venir à terme, faisant de moi un mononcle tout ce qu'il y a de plus classique.

Donc voilà, mon nom est Mononc' Joël, j'ai 36 ans et j'ai déjà publiquement fait une blague de «pet enveloppé dans la ouate» devant une bande de jeunes adultes en devenir de 18 ans.

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