Le Fantôme de l'Opéra

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CHRONIQUE / Ç'a commencé il y a quelques jours. (123rf)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Ç'a commencé il y a quelques jours.

Comme toutes les fois, au début, ça n'était qu'une légère douleur qui laissait anticiper ce qui suivrait.

Je la sentais cette petite douleur dans le côté gauche de mon visage, juste à côté de ma moustache.

Et puis hop, après deux ou trois jours, un matin je me suis levé et il était là.

On aurait pu appeler ça simplement un bouton, mais le terme était beaucoup trop faible pour qualifier ce mont gigantesque qui s'était dressé sur mon visage pendant la nuit.

Cette chose était pratiquement une métaphore des fusions corporatives, un peu comme si tous les boutons qui auraient pu apparaître sur mon visage au cours des cinq dernières années avaient soudainement uni leurs forces pour créer un seul bouton nucléaire.

Maintenant, tout le monde qui a dû composer avec un tel problème sait que la chose à ne pas faire, c'est de vouloir intervenir trop tôt.

Alors hop, ma blonde qui partait quelques jours à l'extérieur m'a bien prévenu de ne rien toucher jusqu'à ce que ça soit le temps. Ma belle-mère aussi me l'a dit.

D'ailleurs, ces judicieux conseils m'ont alors confirmé que cette chose sur mon visage n'était pas anecdotique et qu'il était fort possible qu'elle finisse par prendre le dessus sur moi et en fait, qu'elle finisse même par devenir moi.

J'ai donc gentiment patienté deux jours et chaque fois que j'avais le malheur de passer devant un miroir, c'est comme si une alarme d'une intensité ultra puissante sonnait dans ma tête afin de m'avertir que j'avais un truc pas normal au visage.

Et puis une fois passé un certain délai que je jugeais raisonnable, j'ai décidé d'intervenir.

Je vais vous épargner les détails, mais ç'a fait un mal fou et si mon nouveau voisin m'a entendu hurler dans ma salle de bain pendant cinq minutes, je n'ose même pas imaginer ce qu'il a pu s'imaginer à mon sujet. En toute franchise, il y avait sacrément de la détresse dans ces hurlements de douleur.

Mais bon, je sais qu'on dit qu'il faut souffrir pour être belle, mais ce que cette expérience douloureuse m'a fait réaliser, c'est que ce n'est pas nécessairement parce qu'on souffre qu'on deviendra immédiatement beau.

Je vous dis ça parce qu'après cette intervention, le truc sur mon visage sautait deux fois plus aux yeux et la seule façon d'empirer la situation aurait été de poser une affiche en néon clignotante qui aurait pointé sur ce satané bouton.

Et là, n'allez surtout pas croire que je suis un de ces personnages vaniteux qui se soucient gravement de son apparence, mais le jour où vous vous retrouvez avec ce truc pas possible dans le visage, vous réalisez soudainement que vous disposez tout de même inconsciemment d'un minimum de fierté.

Du coup, même si j'étais bien conscient que tout ça était ridicule, j'ai commencé à maximiser chacun de mes déplacements afin de limiter mon exposition publique.

D'ailleurs, j'ai justement vécu la stupéfaction d'être reconnu par un lecteur de cette chronique à l'épicerie lors d'une de ces tentatives de maximisation de mes déplacements. «Vous êtes pas le chroniqueur dans le journal vous?», qu'il m'a demandé. Complètement déstabilisé, j'ai répondu par l'affirmatif et le sympathique homme m'a dit: «Eh ben! Vous êtes comme dans le journal.» «Yep, sauf que d'habitude, je ne viens pas avec ce truc gigantesque sur le visage», que je lui ai répondu.

Alors voilà, au moment où je vous écris ces lignes, je m'apprête à bientôt dire adieu à ce bouton qui m'a fait me sentir comme le Fantôme de l'Opéra pendant quelques jours.

C'est fou, car même si à la fin, un bouton, c'est banal, ça m'a quand même amené à réfléchir à ce que vivaient régulièrement tous ces gens qui, par exemple, ont un visage atypique ou un détail dans leur apparence qui les distingue des autres.

De fait, je conclurai donc sur les mots empreints de sagesse de ma belle-mère: «C'est toi qui vois un monstre quand tu passes devant le miroir. Si les autres finissent par te voir comme un monstre, c'est parce que tu leur auras dit d'en voir un.»

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