Analphabètes fonctionnels

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Savoir lire et écrire, c'est pouvoir toucher la liberté du bout des doigts. C'est pouvoir s'évader de la prison de l'ignorance dans laquelle on tente trop souvent de nous garder captifs.

123rf, siraphol

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Pour les prochaines minutes, du moins, jusqu'à ce que vous ayez terminé de lire cette chronique, vous ferez quelque chose qu'un Québécois sur trois n'arrive pas à faire.

En fait, si vous étiez à vous seul l'ensemble du Québec, il y aurait un mot sur trois que vous auriez beaucoup de difficulté à décoder. Et là, n'allez pas croire que je vous juge en vous disant ça. Ici, je ne fais que me baser sur des statistiques très sérieuses qui sont disponibles sur le site web de la Fondation pour l'alphabétisation.

Alors voilà, ce que ces chiffres nous apprennent, c'est qu'un Québécois sur trois éprouverait de grandes difficultés de lecture et se situeraient au niveau 2 de littératie. En d'autres mots, un Québécois sur trois est analphabète fonctionnel.

Maintenant, ce qui est le plus honteux dans tout ça, c'est justement que ce sont les gens analphabètes qui ont à porter sur leurs épaules le fardeau de la honte. Et pourtant, je serais tenté de croire que ces chiffres honteux relèvent de notre responsabilité collective. C'est de notre faute à nous tous. Mais bon, comme on en a déjà pas mal aussi sur les épaules, utilisons une autre formulation moins violente et disons plutôt que le principal coupable dans toute cette histoire, c'est notre système.

Et là, n'allez pas croire que je vais sombrer dans la démagogie en pointant exclusivement du doigt notre système d'éducation. Même qu'en fait, si ce n'était de notre système d'éducation, aussi controversé qu'il puisse être, notamment lorsqu'il est question de réformes, inutile de vous dire que le taux d'analphabètes fonctionnels serait encore plus dramatique.

Quand j'accuse le système, c'est la machine en général.

Tout d'abord, on n'a qu'à penser à la pauvreté qui gagne sans cesse du terrain et qui fait en sorte qu'il est de plus en plus difficile pour les gens moins fortunés de poursuivre leurs études et même de seulement y croire. D'ailleurs, pourquoi croire à l'éducation quand toute votre vie, on vous a vendu du rêve comme ces vedettes instantanées ou ces histoires d'entrepreneurs qui ont su écouter leur instinct? On a bien voulu faire de vous des consommateurs avant d'être des citoyens, alors tant qu'on ne vous vendra pas le rêve du savoir, pourquoi en voudriez-vous?

Certes, il existe une multitude de programmes et d'organisations qui font la promotion du savoir, mais si notre société ne fait rien pour valoriser l'éducation, ça revient tristement à vouloir traverser l'océan en pédalo.

Alors hop, on se retrouve avec un Québécois sur trois pour qui l'alphabet est perçu essentiellement comme ces pictos qu'on nous faisait décoder à la première année du primaire. STOP, Big Mac, on, off, oui, non, etc.

Ici, j'ignore si c'est moi qui suis dans le tort, mais je suis habité par cette impression que le taux d'alphabétisation d'une société est en quelque sorte le pouls qui nous indique l'état de santé de sa démocratie. Évidemment, il existe une multitude d'autres signes afin d'évaluer cela, mais je demeure toutefois sur ma position comme quoi le taux d'alphabétisation d'une société est un des signes vitaux majeurs.

Savoir lire et écrire, c'est pouvoir toucher la liberté du bout des doigts. C'est pouvoir s'évader de la prison de l'ignorance dans laquelle on tente trop souvent de nous garder captifs. C'est pouvoir aller au-delà de ce qu'on aimerait bien nous faire croire. C'est pouvoir mettre des mots sur nos problèmes afin de donner vie à d'autres mots qui nous amèneront à trouver des solutions.

De fait, dites-moi maintenant pourquoi l'alphabétisation n'est pas une priorité chez nos élus? Pourtant, ceux-ci ne manquent jamais une occasion de nous rappeler que tout ce qu'ils font est dans l'intérêt de la collectivité. Alors qu'est-ce qui se passe avec ce 34,3 % de Québécois qui peinent à se documenter et ainsi, à pleinement s'investir en tant que citoyens?

Mais bon, peut-être que dans tout ça, je suis seulement vieux jeu. À quoi bon savoir lire et écrire quand ultimement, tout finit toujours par se résumer par un oui ou un non?

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