Leçon de vélo

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CHRONIQUE / Il y a quelques semaines de ça, alors que je regardais mon garçon... (Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Il y a quelques semaines de ça, alors que je regardais mon garçon tenter d'avoir des sensations fortes avec son vélo doté de petites roues, je me suis surpris moi-même en disant : « Et si on essayait un coup ou deux, mais sans tes petites roues ? ».

Pour être bien bien franc avec vous, une minute avant cela, je n'avais même pas envisagé de me lancer dans une telle aventure. De là l'effet d'auto-surprise.

Et comme une surprise n'arrive jamais seule, alors que mon inconscient me disait probablement « Tu ne perds rien à lui proposer un tel plan, car il ne voudra jamais essayer ça tout de suite », eh ben, mon garçon a répondu avec enthousiasme de façon affirmative.

La minute d'après, j'étais donc là, installé sur le ciment de l'entrée de ma maison à tenter d'enlever ces deux petites roues avec des outils de fortune pendant que mon garçon tournoyait fébrilement autour de moi, me posant plus de questions que je croyais qu'il en existait sur la planète.

Pour ma part, une seule question me hantait, mais à ce moment-là, elle m'apparaissait comme étant soudainement plus importante que toutes les questions du monde. « Mais comment on apprend à un pauvre gosse à faire de la bicyclette à deux roues ? » que je n'arrêtais pas de me demander.

Et puis hop, on est allés tous les deux dans la rue et puis j'ai probablement livré ma plus grande prestation de comédien à vie en interprétant un père sûr de lui qui était en plein contrôle de la situation. « Tu vas voir, au début, tu vas avoir envie de tout laisser tomber, car tu te diras que ça ne marchera jamais. Mais on est ensemble toi et moi. Alors je vais toujours m'assurer que tout se passe bien et tu verras, chaque jour tu vas être un peu meilleur et d'ici peut-être une semaine, tu vas filer comme une comète. Maintenant, te gêne surtout pas à me dire la vérité, mais est-ce que tu as un peu peur ? » que je lui ai demandé, alors que ma voix était tremblotante et que j'avais soudainement les yeux remplis d'eau, comme si je réalisais soudainement après plus de cinq ans que j'étais désormais officiellement un vrai père.

Malgré l'émotion, j'avais au moins cette fierté de bien conserver mon sang-froid, mais tout a merdé quand mon garçon m'a répondu avec toute la sincérité du monde que oui, il avait un peu peur. Ce n'était pas le fait qu'il ait peur qui m'a ébranlé, mais bien le fait que je savais intérieurement que le moment que nous vivions venait virtuellement de déclencher le magnétoscope de la vie. Un peu comme si la vie était un truc qui passait à la télé et que soudainement, on n'avait plus le choix d'enregistrer ce qui se passait afin de ne jamais l'oublier.

Alors hop, j'ai subtilement séché les larmes qui avaient trouvé le moyen de s'enfuir de mes yeux et puis j'ai tenté un premier truc en lui demandant de pédaler tout en tentant plutôt maladroitement de le tenir en équilibre. 

Maintenant, je ne surprendrai personne en vous disant que cette première tentative fut un échec laborieux autant pour lui que pour moi. Or, j'ai explosé d'enthousiasme en lui disant que c'était parfait et que ça irait beaucoup mieux qu'on ne pouvait le croire.

Ma blonde est ensuite venue nous rejoindre et puis une trentaine de minutes plus tard, on était là à célébrer le fait qu'il ait réussi à rouler sans notre aide pendant quelque chose comme trois secondes.

On a continué comme ça pendant deux ou trois jours et puis un soir, voilà qu'il est arrivé à rouler seul sur une distance assez considérable.

Évidemment, Julie et moi, nous étions très fiers, mais les voisins qui l'avaient vu s'entraîner pendant tout ce temps l'étaient tout autant que nous.

Pour être bien franc avec vous, je ne savais pas trop comment terminer cette chronique. Et puis, c'est en marchant que ça m'a frappé : apprendre à faire du vélo, c'est avant tout une histoire de confiance. Celle que ton enfant va accorder à son vélo, à lui, mais surtout, à ses parents qui lui répètent qu'il finira bien par filer comme une comète.

Au fond, c'est un peu comme un vieux tube pas si accrocheur que ça qu'on finit par aimer, car il a toujours joué à la radio.

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