N'est pas Alexandre qui veut

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Le péquiste Alexandre Cloutier... (Archives Le Quotidien)

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Le péquiste Alexandre Cloutier

Archives Le Quotidien

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Vous savez, ces fois où on se met penser à l'infini et où on est soudainement pris d'une espèce de vertige?

Où l'on est étourdi par notre insignifiance par rapport à tout ce qui nous entoure? Eh ben, je me sens un peu comme ça, mais à plus petite échelle, quand je pense à Alexandre Cloutier.

Je vous le dis les amis, plus le temps passe et plus ce gars fait une hausse fulgurante dans le palmarès de ces personnes qui me font réaliser à quel point j'ai peut-être pris ça un peu trop cool dans la vie.

Ce qui m'interpelle peut-être le plus chez ce type, c'est qu'il est né et a grandi dans la même bordel de ville que moi. Et mieux que ça, à la même époque. Pas dix ans avant ou après, mais quelque chose comme à un an de différence.

Je ne sais pas ce qu'on disait de lui quand il était gamin, mais en ce qui me concerne, il y avait un tas de professeurs qui croyaient que je serais un génie ou un truc comme ça. Et puis hop, c'est pas arrivé. Ce qui en avait probablement dérouté plus d'un, c'est que j'écrivais déjà mieux que les autres. Mais bon, la plume ne fait pas le moine.

Alors hop, la seule arme dont je disposerais dans un combat de pétage de bretelles, c'est que j'ai un certain don, mais puisque c'est pas mal tout ce que je maîtrise vraiment dans la vie, il ne me sert qu'à traduire en mots les perpétuels sentiments d'impuissance et d'incompréhension qui m'habitent en tant qu'individu.

Et pendant que je vous écris ça, eh ben, j'imagine qu'Alexandre Cloutier fait un truc super important. Genre qu'il est en train de recevoir un pep talk de la part de Bernard Landry. Ou bien qu'il est en réunion et prend des décisions super importantes. Ou peut-être qu'il est lui aussi en train d'écrire un truc, mais un truc super important.

Le gars a un an de plus que moi et il en a déjà fait plus dans sa vie que je risque d'en faire si je vis jusqu'à 80 ans. Et juste pour en rajouter une couche, alors que je pourrais me dire: «Ah oui, mais moi, j'ai fait le choix d'avoir un enfant dans la vie», eh ben, le gars en a deux.

Tout ça me fait penser que j'avais eu un échange avec lui à la fin de l'été 2012. C'était en pleine période électorale et il devait faire une espèce de ''speech'' à l'ouverture du festival Tam-Tam Macadam. Je crois qu'on avait été obligé de converser, comme par politesse, car je devais lui donner un signal au moment où on le présenterait. Je ne sais plus comment et pourquoi, mais j'avais fini par lui parler de son père. C'était mon prof d'anglais au primaire et bien que certains étudiants craignaient son autorité, j'avais toujours particulièrement apprécié ce gars, même si je ne sentais pas que c'était nécessairement réciproque. Je voulais donc avoir des nouvelles de lui et là, j'ai appris que son décès était survenu un an ou deux auparavant, je crois. Disons que j'ai déjà mieux excellé en matière de premier échange. Mais bon, j'imagine qu'il a compris qu'à l'origine, j'étais bourré de bonnes intentions et surtout, que j'étais tout ce qu'il y avait de plus sincère.

Je me souviens aussi de l'avoir vu l'hiver dernier à la patinoire. J'étais avec ma blonde et mon garçon. Il était avec sa femme et ses enfants. On s'est croisé et on a eu un «eye contact». Je crois qu'on s'est fait une espèce de «salut» de la tête et des yeux, mais comme je suis nul là-dedans, j'ai probablement eu plus l'air d'avoir de la neige dans les yeux.

Et puis un jour, quelqu'un m'a dit qu'Alexandre Cloutier me lisait régulièrement. J'ai trouvé ça gentil. Dans le sens que lorsque vous vous retrouvez devant un chroniqueur et que vous avez envie de lui dire quelque chose de gentil, vous n'avez qu'à lui dire: «Hey, je connais telle personne importante et elle adore te lire». Même le plus rusé des chroniqueurs finira par se dire: «Eh ben, c'est certainement de la ''bullshit'', mais il n'y a rien qui prouve que ce n'est pas vrai».

Alors parfois, après avoir pensé à l'infini, le chroniqueur se sentant si insignifiant dans cet univers se consolera parfois en se disant: «Dans tout ça, je suis peut-être un soleil. Un tout petit soleil de rien du tout, mais crisse, quand même...»

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