Pour faire comme avant

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
CHRONIQUE / Il n'y a pas si longtemps, alors que j'étais haut comme trois... (Photo 123rf)

Agrandir

Photo 123rf

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Il n'y a pas si longtemps, alors que j'étais haut comme trois pommes, ma mère me racontait souvent que lorsqu'elle était une jeune fille, elle avait assisté à l'arrivée de la télé dans nos vies. Pour moi, tout ça était strictement inconcevable. Il m'était tout simplement impossible d'imaginer un monde sans télé. Et pourtant.

Et puis hop, comme la vie est plutôt bien faite, voilà qu'elle m'a aidé à mieux comprendre tout cela en me faisant vivre l'avènement d'Internet dans nos vies.

Au cours des dernières années, j'ai réalisé en discutant avec les plus jeunes que pour nous, les «anciens», on ne trouvera jamais ça banal Internet. Pour nous, c'est pratiquement de la sorcellerie, car on a connu la vie avant et après Internet.

À titre d'exemple, il y a quinze ans à peine, le fait de pouvoir regarder une vidéo sur son ordinateur relevait encore de la science-fiction.

Et puis il y a YouTube qui faisait ramer nos grosses tours d'ordinateur comme ça ne se pouvait pas.

Il y a eu aussi tous ces moteurs de recherche comme Altavista, Yahoo et j'en passe, où chaque recherche était extrêmement laborieuse.

Après ça, la suite, vous la connaissez. Google, Facebook, Instagram, Netflix, Spotify, Snapchat et ainsi font, font, font les Internets.

C'est fou, car hier encore, on écoutait et on regardait ce qu'on voulait bien nous donner. Ici en région, l'offre était terriblement limitée et il fallait faire preuve de beaucoup de volonté afin de nager à contre-courant.

Les plus marginaux rêvaient alors à un monde qui nous semblait si utopique où tout un chacun aurait accès aux biens culturels qu'il désirerait consommer.

Et puis hop, tout s'est passé si vite et on y est.

Or, les grands empires qui marchandent la culture comme on produit de la saucisse à hot-dog ont pris le taureau par les cornes et au lieu de voir cette révolution technologique comme un ennemi, ont décidé de s'en emparer afin de s'en servir comme d'une vaste machine promotionnelle.

Du coup, alors que monsieur et madame Tout-le-monde n'étaient désormais limités dans leur consommation culturelle que par leurs ambitions et leurs désirs, ils ont principalement choisi de se servir de ces nouveaux outils afin de consommer les mêmes produits qu'autrefois.

Seul le format et la façon de les consommer ont changé.

Un peu comme si on vous avait offert un bateau et qu'au lieu d'en profiter pour partir à la découverte du monde, vous aviez décidé de l'amarrer à un quai pour en faire votre maison.

Alors qu'on a accès à une infinité de produits culturels, et ce, souvent gratuitement, on préfère encore la fadeur réconfortante de ces chansons génériques qu'on nous enfonce joyeusement dans la gorge chaque dimanche soir à La Voix.

Alors qu'une panoplie d'artistes doués ne demandent qu'à ajouter un peu de diversité dans l'offre culturelle, on préfère voir et revoir jusqu'à plus soif les mêmes vedettes qui nous proposent la même merde chaque fois.

Alors que de nouvelles histoires n'attendent qu'à être transmises, on préfère aller revoir une version débile de La Guerre des tuques tout en sachant très bien qu'on chialera à la sortie du cinéma que ce n'était pas comme le vrai film.

Pourtant, hier encore, nous étions excités comme des puces à l'idée d'avoir tous ces musées et toute cette documentation en un seul clic. Or, combien d'entre nous ont finalement visité ces musées de façon virtuelle?

Qui sait, peut-être que l'idée d'avoir la liberté de choisir nous séduit davantage que le fait de pouvoir choisir?

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer