«Envoye Babin!»

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CHRONIQUE / C'était il y a sept ans environ. Cette fin de semaine là, mes amis... (Photo 123rf)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / C'était il y a sept ans environ. Cette fin de semaine là, mes amis et moi étions partis à Lachine présenter deux concerts et comme ma voiture nous avait posé un lapin la veille, c'était Jean-Marc E. Roy qui s'était offert afin de nous accompagner en tant que conducteur officiel.

À l'époque, chaque fois où nous avions à traverser «le Parc», nous nous faisions un devoir de nous arrêter chez Francinette afin de nous procurer des cassettes de country dans le fameux «rack à cassettes». On écoutait ensuite frénétiquement ces cassettes en évaluant chaque chanson selon nos appréciations et au moment de faire la route inverse, il y avait toujours deux ou trois chansons dans le lot que nous avions apprises par coeur à force de les faire rejouer.

Cette fin de semaine là donc, un de nos choix s'était arrêté sur Paul Henry, un obscur chanteur dont l'album s'intitulait Un beau rosier d'amour.

Alors que nous pensions nous bidonner comme des enfants en écoutant cet album, je me souviens que nous nous étions fait avoir à notre propre jeu, car disons-le, le gars écrivait des sacrées bonnes chansons. Évidemment, il y avait quand même certains passages qui nous avaient soutiré quelques sourires amusés et dans un de ceux-ci, on pouvait y entendre Paul Henry qui invitait son musicien et réalisateur de l'album à jouer un solo en disant: «Envoye Babin!»

Ce Babin, c'était Albert Babin. Vous devinez donc qu'au fil des semaines, j'ai multiplié les recherches afin d'en savoir plus sur cet Albert Babin et force m'a été de constater plutôt rapidement que le bonhomme était une véritable légende du country québécois.

Juste comme ça, le gars avait notamment signé le classique du country québécois Esclave d'une hache pis d'un bucksaw, son album avec Jerry Cormier intitulé sobrement Babin/Cormier avait connu un énorme succès et avait même été nominé à l'ADISQ en 1980 et sinon, Albert Babin avait aussi été sélectionné par O'Keefe en 1985 afin de se produire au Stade olympique pour toutes les joutes des Expos de Montréal et des Concordes. Bref, une feuille de route pas du tout piquée des vers, compte tenu que ces exploits artistiques ne sont que la pointe de l'iceberg des points culminants de la carrière d'Albert Babin.

Et puis hop, vous savez comment c'est dans mes chroniques, les années ont passé et puis par un beau jour, mon ami Dave Brassard, que l'on peut entendre régulièrement à CKAJ, m'a parlé de son nouveau beau-père, un chic type qui adorait jouer à Super Mario Bros.

De fil en aiguille, il m'a raconté que le gars était un musicien de country et lorsqu'il a prononcé son nom, j'ai cru rêver. En effet, un scénariste d'Hollywood aurait tenté d'inventer un truc semblable et ses producteurs lui auraient aussitôt demandé de trouver quelque chose de plus réaliste, comme par exemple, de sauter par-dessus un requin en skis nautiques, car oui oui, le nouveau beau-père de David était Albert Babin.

Au fil des années qui ont suivi, j'ai souvent fait part à David de mon désir de rencontrer un jour ou l'autre Albert et chaque fois, il n'aurait suffi que d'un coup de fil et d'un rendez-vous et hop, j'aurais pu le rencontrer, échanger quelques notes de guitare ou même jouer une partie de Mario Bros avec lui.

Mais la vie est parfois est le théâtre spectaculaire d'occasions ratées et à ce titre, disons que j'ai toujours excellé et ce fameux projet de rencontre avec Albert Babin n'y a pas fait exception. J'ai donc appris avec tristesse qu'Albert Babin, cette légende du country québécois, s'était éteint le 27 mars 2016.

Je tenais à vous en parler, parce que si aujourd'hui le country québécois a maintenant ses figures incontournables comme Patrick Norman ou Paul Daraîche, c'est qu'une panoplie d'artistes ont trimé dur afin de maintenir en vie cette scène, de lui donner un nouveau souffle, de faire battre son coeur, d'enchaîner les concerts, de faire danser les gens, de faire rêver les jeunes artistes et de leur offrir des chansons qui traverseraient les années, et ce, dans les bons comme dans les mauvais moments de la musique country. Il n'y a pas à douter qu'Albert Babin a été un de ces artistes qui ont énormément donné au country québécois et je souhaite sincèrement que son nom soit célébré.

Et enfin, j'espère de tout mon coeur que cette histoire de rendez-vous raté puisse inspirer, ne serait-ce qu'une seule personne, à faire tout son possible afin de ne plus jamais regretter ces rencontres que l'on reporte en défiant le destin avec une arrogance inconsciente.

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