Le minimum

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CHRONIQUE / Il y a quelques années de cela, j'effectuais une entrevue avec la... (Photo 123RF)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Il y a quelques années de cela, j'effectuais une entrevue avec la comédienne et fondatrice du Théâtre à Bout Portant, Vicky Côté. Alors que je lui avais demandé comment elle s'y prenait afin de vivre presque exclusivement du théâtre, la comédienne m'avait grandement surpris avec une réponse qui, même après toutes ces années, continue de me hanter: «Je survis plus que je vis.»

Maintenant, pour ceux et celles qui commencez à bien me connaître, vous devinerez que ce n'était peut-être pas exactement la formulation qu'elle avait employée, mais bon, l'idée est pas mal là.

Évidemment, une telle réponse m'avait tout d'abord amusé de par sa formulation surprenante, mais au fil des mois qui ont suivi, j'ai réalisé avec horreur que cette réponse était bien loin d'être exclusive au milieu culturel.

Ici, on n'a qu'à penser à tous ceux et celles qui doivent se contenter du salaire minimum pour s'en faire une idée. Et là, si vous êtes de ceux et celles qui croyez que l'on peut très bien vivre avec un tel salaire, j'envie presque votre candeur. Mais bon, ce n'est pas tout le monde qui a eu la chance comme vous d'avoir été la dernière personne à piger dans le sac à lucidité lorsque votre tour est venu.

Mais peut-être aussi que c'est moi qui suis dans l'erreur en affirmant qu'avec un salaire horaire de 10,75$ (à partir du 1er mai 2016), on n'a pas d'autres choix que de revoir ses ambitions à la baisse? Parce qu'à bien y penser, si on a un peu de chance et qu'on parvient à avoir un horaire de 40 heures par semaine, ça vous fait quand même un salaire hebdomadaire de rêve de plus de 400 dollars avant les impôts et tous ces autres trucs, comme l'assurance-emploi, qu'on vous enlève dans le but de vous les redonner si jamais vous perdiez votre boulot, mais qu'en fait, on fera tout notre possible pour ne jamais vous les redonner.

Du coup, avec un peu moins de 400 dollars par semaine, je vous annonce que je suis prêt à vous engager sur le champ afin de revoir mon budget personnel si vous êtes capable de payer votre loyer, de manger sainement et régulièrement, de vous déplacer, d'avoir une vie sociale, de permettre à vos enfants de jouir d'une vie «normale» et j'en passe.

Mais ce qui est le plus révoltant dans tout ça, c'est qu'en quelques lignes seulement et avec si peu de chiffres, j'arrive à vous démontrer simplement que la situation économique avec laquelle doivent composer ces milliers de travailleurs est tout à fait surréaliste. De fait, j'ose croire qu'il doit bien y avoir un ou deux élus qui ont conscience de cette situation inacceptable non?

Peut-être se disent-ils que cette situation est bien au-delà de leur pouvoir et que ce n'est pas comme si c'était exclusif au Québec? Peut-être se réconfortent-ils en lisant le dernier reportage de la BBC qui a démontré avec transparence qu'il était impossible de vivre dignement avec le salaire minimum à Londres?

Une chose est certaine, on a peut-être relégué aux oubliettes la pratique de l'esclavagisme en Occident, mais parfois, j'ai cette impression qu'on en a seulement changé le nom ainsi que quelques modalités afin de mieux l'enfoncer dans la gorge de la population.

En d'autres mots, on vous donne la possibilité de survivre avec des bouts de pain et pour mieux vous réconforter dans cette illusion que tout est possible, que vous n'êtes qu'à deux doigts de la liberté, on vous donne le strict minimum afin que vous puissiez vous payer ces bouts de pain.

Je vous le dis les amis, ce ne sont pas les terroristes ou autres trucs du genre qui m'empêchent de dormir sur mes deux oreilles le soir, mais bien ce que pourrait engendrer le cynisme avec lequel les mieux nantis et les élus nous laissent patauger dans notre propre merde.

Ça finira bien par déborder un jour et entre vous et moi, ça ne sera pas un spectacle à regarder en famille.

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