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CHRONIQUE / Pour être bien franc avec vous, j'ai pensé sur le coup que ça... (Photo 123RF)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Pour être bien franc avec vous, j'ai pensé sur le coup que ça n'avait aucun sens quand ma blonde m'a dit ça. Et puis hop, après y avoir bien réfléchi, force m'a été d'admettre qu'elle avait probablement raison.

Alors voilà, mon nom est Joël Martel, j'ai 36 ans et je suspecte que je suis en train de traverser une crise précoce de la quarantaine.

Si j'en suis de plus en plus certain, c'est qu'il y a une dizaine d'années, il m'était arrivé le même truc.

Maintenant, il faut savoir que tout ça débute plutôt sournoisement avec cette espèce de douce mélancolie qui commence à vous habiter.

En fait, la première fois que j'ai identifié cette mélancolie, je jetais un coup d'oeil à la télé alors que je prenais une petite pause de lecture et il y avait cette émission où deux jeunes animateurs enthousiastes allaient passer un moment avec des stars. Je regardais donc ces stars parler de leur vie de rêve et à ma grande surprise, alors que ces genres de débilités m'ont toujours passé vingt mètres au-dessus de la tête, là, ça m'a gravement affecté. Je ne sais pas vraiment comment expliquer le feeling qui m'a traversé, mais ça ressemblait à celui qui vous traverse lorsque vous avez cuisiné une succulente sauce à spaghetti et qu'en vous réveillant le lendemain matin, vous réalisez que vous avez complètement oublié de la mettre au frigo avant d'aller au lit.

J'ai ensuite cru que cette sensation bizarre n'avait été qu'un bref épisode anecdotique de mélancolie, mais c'était mon éternel optimisme qui me jouait là un tour. Parce que même si je m'entêtais à me convaincre que cette mélancolie était insignifiante, elle était bel et bien présente et il était de plus en plus clair qu'elle avait décidé de séjourner un petit moment dans ma tête et mon coeur.

J'ai quand même décidé d'encaisser en silence cette mélancolie, or ça a vraiment commencé à m'inquiéter lorsque j'ai ressenti que celle-ci risquait un jour ou l'autre de se transformer en amertume.

À titre d'exemple, je me demandais de plus en plus comment les gens faisaient pour avoir des jobs avec des gros salaires et des bonnes conditions, comment les gens font pour voyager, comment les gens font pour avoir une voiture de l'année, comment les gens font pour avoir un chalet, comment les gens font pour se faire des amis, comment les gens font pour avoir de l'argent même deux jours après avoir reçu leur salaire, etc.

Évidemment, ces questionnements m'ont enfoncé davantage dans cette impression que sur l'autoroute de la vie, j'étais prisonnier de la voie d'accotement et que je devrais me résigner à jamais à voir les autres véhicules me dépasser.

Et puis, juste pour me faciliter les choses, un fabuleux sentiment de culpabilité est venu se loger à côté de tout ça. Ce sentiment d'avoir fait des mauvais choix, d'avoir été naïf, de m'être surestimé, de m'être sous-estimé, de n'avoir jamais pris conscience qu'au fond, je ne suis qu'un esti de loser parmi tant d'autres et évidemment, cette culpabilité de me sentir ainsi alors que j'ai un toit sur la tête, une blonde que j'aime et qui m'aime et un enfant merveilleux et surtout, la santé.

Et ça, c'est sans compter ces réflexions quant au passage du temps, ce qu'il me reste de marge, de mon corps qui commence sérieusement à souffrir de ma négligence et toujours et toujours et toujours ce sentiment d'avoir donné l'avantage aux autres en ayant joué les mauvaises cartes aux mauvais moments.

Bref, une vraie partie de plaisir, quoi.

J'imagine que ça finira bien par passer. Peut-être qu'il finira par se produire quelque chose d'inattendu dans ma vie. Peut-être que je resterai sur les breaks jusqu'à la fin de mon temps. Peut-être que je vais claquer demain. Fort probablement aussi que ce n'est pas dans cette vie que j'accomplirai de grandes choses.

Mais dans tout ça, ce qui importe pour le moment, c'est de ne jamais laisser l'amertume me gagner. Je regarde mon kid qui est justement à l'âge de commencer à découvrir le monde qui l'entoure et chaque fois, les étoiles dans ses yeux parviennent à me contaminer et à me redonner l'espoir que le futur nous réserve encore bien de belles choses.

Faudra bien que je me botte les fesses. J'aimerais ça pouvoir croire mon gars lorsqu'il me dira qu'il est fier de moi lorsque je traverserai ma crise de la cinquantaine.

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