Le carnaval de mes taxes

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Un carnaval était organisé au Mont Villa Saguenay,... (Archives Le Progrès-Dimanche, Gimmy Desbiens)

Agrandir

Un carnaval était organisé au Mont Villa Saguenay, à Alma, pour lancher la semaine de relâche.

Archives Le Progrès-Dimanche, Gimmy Desbiens

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Cet après-midi là, ma blonde m'avait gentiment fait savoir qu'il n'y avait aucun problème si je préférais demeurer bien peinard à la maison à jouer aux jeux vidéo. Mais bon, c'était dimanche et comme le temps file, je me suis dit que dans vingt ans, je risquerais davantage de me souvenir de cet après-midi si je la passais en famille plutôt que devant mon téléviseur.

Alors hop, je me suis botté les fesses, j'ai enfilé ma grosse « froque » noire, ma tuque et mon foulard et dans la minute d'après, on était partis.

Pour être bien franc avec vous, c'est lorsqu'elle a prononcé le mot « carnaval » que je me suis dit que je pourrais faire un petit effort de guerre et ainsi aller affronter le froid au nom de l'unité familiale.

Maintenant, vous me pardonnerez mon ignorance en matière de carnaval, mais bien que je n'aie aucune idée de ce qu'il pouvait bien y avoir de carnavalesque ce jour-là, le simple fait de me retrouver à la station de ski où jadis j'avais appris à skier, le Mont Villa Saguenay, ça a été suffisant afin d'augmenter légèrement mes pulsations cardiaques. Probablement que c'était quelque chose comme de l'enthousiasme.

Je pensais à tout ça lorsque mon regard s'est arrêté sur mon gars qui tentait de faire de l'escalade sur une espèce de module destiné aux planchistes. Alors j'ai fait mon devoir de papa et j'ai gentiment demandé à mon fils de libérer le module afin de ne pas nuire aux planchistes. Mais une fraction de seconde plus tard, voilà qu'un ado situé à quelque chose comme 18 centimètres de moi a lancé nonchalamment à mon fils : « Ouais c'est ça, tasse-toé ».

Ici, j'aurais aimé vous dire que j'ai immédiatement rétorqué à l'ado : « Hey chose, je pense que tu viens de rater une sapré bonne occasion d'économiser les quelques cellules qui fonctionnent encore dans ta tête, mais regarde ce que j'ai à te proposer : je te sacre sur un télésiège vers la lune et on laisse faire ta claque sur la yeule ok?», mais non.

J'ai donc contenu ma hargne, sans toutefois m'empêcher de souhaiter intérieurement à cet ado qu'il fasse plus tard un bac qui lui coûtera très cher tout en ne lui offrant aucune perspective d'emploi pour ainsi faire en sorte qu'il devienne un être aigri très conscient de l'injustice ambiante qui règne dans la société. Une vie normale et lucide quoi.

Évidemment, à cette étape-ci, je commençais sérieusement à douter de mon initiative d'être sorti de la maison.

De plus, il y avait ma blonde et mon gars qui s'enlignaient dans un sentier qui me semblait périlleux et je me demandais bien vers quel autre cauchemar je pourrais avoir à faire face.

Or, à ma grande surprise, là où ma blonde et mon fils m'amenaient, c'était plutôt un véritable petit coin de paradis.

Et là, que personne ne me juge, mais dans mon monde à moi, lorsque «paradis » et « hiver » se rencontrent, c'est qu'il y a de la glisse dans les environs.

Alors pour le petit topo, il n'y a peut-être qu'une seule pente à cet endroit, mais elle est tout simplement parfaite. En quelques secondes seulement, vous ressentez déjà une sensation d'accélération à vous faire hurler comme si vous étiez en voiture sur la chaussée glacée et que tout partait subitement en fou. Sauf que là, vous savez pertinemment que ça va bien se terminer.

Et puis une fois en bas, ne vous reste plus qu'à revenir au haut de la pente en profitant paisiblement du remonte-pente. Le paradis, je vous disais.

Et comme si ça ne suffisait, ça ne vous coûte même pas un rond. En fait, oui, car ce sont vos taxes municipales qui paient tout ça, mais sérieusement, si « mes taxes » (désolé, mais je déteste cette expression) servaient davantage à rigoler une fois de temps en temps avec ceux que j'aime, je me ferais certainement fabriquer un t-shirt arborant fièrement et non-ironiquement : « Je suis fou des taxes! ».

Alors voilà, j'ai bien du plaisir à vous raconter ça, mais il y a une pente qui m'attend. Et pendant que j'y pense, faudrait pas que j'oublie d'inviter ma blonde et mon gars.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer