Préparer le terrain

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CHRONIQUE / Il y a quelques jours, je prenais part à une soirée de slam poésie... (Photo 123RF)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Il y a quelques jours, je prenais part à une soirée de slam poésie au Collège d'Alma et parmi les autres participants, voilà qu'une étudiante y a déclamé un texte coup de poing à propos des nombreuses inégalités que doivent subir les femmes au quotidien.

Or, dans tout le lot, une affirmation m'a particulièrement secoué et ici, je vais me permettre de la paraphraser : les pères répètent sans cesse à leurs filles de ne jamais laisser leur verre sans surveillance dans un bar, mais pourquoi ce ne serait pas aussi les pères qui diraient à leur fils de ne jamais rien mettre dans le verre des filles. Maintenant, je peux vous assurer que cette affirmation était beaucoup mieux formulée dans les mots de cette étudiante, mais bon, vous voyez un peu le tableau quand même.

Si cette phrase m'a doublement interpellé, c'est qu'en tant que père que d'un jeune garçon de cinq ans, j'ai espoir de lui fournir tout le bagage nécessaire afin qu'il devienne le plus chic des chics types et pour avoir été un jeune homme il y a une vingtaine d'années, je crois sincèrement que ce serait idiot de ne jamais aborder des thèmes du genre avec mon fils en me disant que le système s'en charge déjà assez bien comme ça.

Évidemment, je ne pense pas le sensibiliser à la culture du viol alors qu'il est encore à la maternelle, mais j'ai foi que même à son jeune âge, je peux déjà lui fournir des outils qui éventuellement pourront lui servir de balises et qui faciliteront grandement sa compréhension de la problématique en temps voulu.

Pour ma part, je vais vous avouer en toute franchise qu'il y quelques années à peine, j'avais encore cette image stéréotypée qu'une agression sexuelle, ça se passait dans une ruelle avec un gars qui portait un petit bandeau sur la tête et qui tenait un petit couteau.

En partant de ce point, si personne ne m'avait jamais sensibilisé à cet effet, peut-être me serais-je contenté un jour de dire à mon fils qu'il ne fallait jamais s'attaquer aux filles dans une ruelle parce que c'était mal. Et puis, une fois que ça aurait été dit, je me serais probablement installé confortablement dans un fauteuil en me félicitant d'avoir fait mon devoir.

Or, je ne suis pas dupe et je peux déjà prévoir que c'est une tâche délicate qui m'attendra. Je vous dis ça parce qu'il faudra bien un jour trouver le moment opportun et surtout, les bons mots.

Mais bon, disons que j'en suis actuellement à subtilement préparer le terrain, notamment en le questionnant régulièrement à propos de ce qu'il ressent selon certaines situations. Par exemple, lorsqu'il joue avec des amis et que ceux-ci insistent pour jouer à un jeu vidéo auquel il ne veut pas jouer, ou qu'il se retrouve en position inverse, je m'amuse à le confronter aux émotions qui l'habitent afin de lui faire simplement comprendre que même le truc qui te semble le plus le ''fun'' au monde n'est plus le fun quand ce truc ne tente pas l'autre ou les autres personnes qui sont avec toi. C'est sommaire, j'en conviens, mais c'est un départ.

Il reste que je me dis que si tous les parents mettaient aussi la main à la pâte en offrant ce genre d'outils dès le jeune âge, nos enfants d'aujourd'hui ne verraient qu'une suite logique à leur éducation au moment d'être confrontés aux « affaires de grands ».

Et puis enfin, quand bien même qu'on ne serait que deux ou trois à agir de la sorte en sensibilisant nos enfants, eh ben, je préfère qu'un jour mon fils soit la risée de ses amis en les confrontant à leur façon d'agir qu'il devienne un monstre nourri par l'ignorance.

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