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CHRONIQUE / Je vous en parle souvent, mais l'un de mes plus grands plaisirs... (Photo 123RF)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je vous en parle souvent, mais l'un de mes plus grands plaisirs dans la vie est d'aller marcher le soir venu.

Au départ, j'avais commencé ça pour la seule et unique raison que j'étais terrorisé à l'idée de figer et de me transformer en un immense bloc de graisse.

Et puis hop, au fil des jours, j'ai réalisé que je pouvais transformer cette activité que je m'imposais en un moment que je m'accorderais.

De façon quotidienne donc, je passe toutes mes journées à évaluer ce qui pourrait être la meilleure bande sonore qui accompagnerait ma marche de fin de soirée. Par exemple, je peux passer la journée à me dire que ce serait Lou Reed et son sublime album Transformer qui pourrait être mon compagnon de marche pour la soirée et puis juste avant de franchir la porte, après avoir pesé le pour et le contre de chaque chanson tout en les comparant à mon humeur du moment, je peux décider à la dernière seconde de plutôt opter pour le dernier album de Daniel Boucher.

Cela dit, c'est là un art d'être son propre DJ, car il n'y a pas un auditoire aussi difficile que soi-même. Du moins, en ce qui me concerne.

Sinon, au fil des semaines, j'en suis venu à m'établir un itinéraire que je suis religieusement chaque soir, et ce, peu importe qu'il pleuve, qu'il vente, que ce soit glacial ou glissant.

D'ailleurs, il m'arrive certains soirs d'être tenté d'emprunter un nouveau détour pour briser la routine et au risque de passer pour un idiot, je résiste toujours, car cette perspective m'effraie tout simplement.

Car voyez-vous, il y a un bon moment de cela, j'en suis venu à élaborer une théorie complètement farfelue dont je suis désormais prisonnier. Cette fameuse théorie repose donc sur le fait que si j'emprunte chaque jour le même circuit, quelque chose de l'ordre de l'extraordinaire finira bien par se produire. Maintenant, je n'ai aucune idée de la nature qu'aura ce quelque chose d'extraordinaire, mais en se basant sur les lois de la probabilité, il m'apparaît indubitable qu'en parcourant les mêmes satanées quatre ou cinq kilomètres de façon quotidienne, je finirai bien par croiser un truc que je pourrai raconter avec enthousiasme.

Jusqu'ici, je vais avouer que tout ce qu'il y a d'extraordinaire à signaler, c'est ma foi en ma théorie, car en toute sincérité, à part avoir offert mon aide à un couple dont l'automobile était restée prise dans un banc de neige, il n'y a même pas de quoi en faire un court-métrage de 15 secondes.

Mais plus j'y pense et plus je me dis que l'extraordinaire est peut-être là sous mes yeux chaque jour et que je ne le réalise pas. Même que pendant un certain moment, j'étais convaincu d'avoir trouvé une espèce de « Triangle des Bermudes » qui était situé à un certain coin de rue de Naudville. En effet, pour une raison que je ne peux pas expliquer, pendant un bon deux semaines, j'avais cette impression que ce coin de rue m'en voulait. Si ce n'était pas une voiture sortie de nulle part qui tournait violemment en ma direction, manquant de me frapper mortellement, eh bien, c'était une plaque de glace qui me faisait passer à un cheveu de sombrer dans une commotion cérébrale. Et puis hop, après avoir longuement réfléchi à la possibilité de modifier mon circuit, je me suis dit que j'étais plus fort que cette espèce de malédiction et le temps m'aura finalement donné raison. Or, même après plusieurs semaines depuis la fin de cette malédiction, je ne peux m'empêcher de ressentir une certaine terreur chaque fois que je passe à ce coin de rue.

Alors voilà, j'en conviens que ça peut vous sembler futile comme chronique, mais je me disais qu'un peu d'air frais ne ferait de tort à personne après cette semaine où l'actualité a étrangement senti le renfermé.

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