Une machette avec ça?

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CHRONIQUE / C'est une histoire qui se passe peut-être en 1999 et sinon au début... (Photo 123RF)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / C'est une histoire qui se passe peut-être en 1999 et sinon au début de l'an 2000.

Voilà donc que des types que je voyais à l'occasion à Alma et qui avaient alors élu à domicile à Montréal viennent me voir à mon appartement de l'époque dans Hochelaga pour me demander ce petit service que tous les fumeurs d'herbe ont déjà demandé à leurs amis fumeurs d'herbe: «dis l'ami, tu sais où on pourrait trouver de l'herbe?»

Comme ces gars m'avaient régulièrement dépanné au cours des années précédentes, et exactement pour le même problème, j'ai donc appelé le type qui nous rendait ce genre de service. Il s'agissait d'un jeune rouquin qui livrait pour le dépanneur du coin. Alors hop, vous pouviez donc vous faire livrer à la maison votre sac de croustilles ainsi que des clopes, et du coup, on pouvait aussi renflouer les stocks de cette précieuse plante qui donne justement envie de se gaver de croustilles BBQ.

Or, cette journée-là, notre type du dépanneur était en rupture de stock. Peut-être aussi qu'il était en congé ou je ne sais plus trop, mais le gars ne pouvait rien faire pour nous. Mais bon, comme je suis un chic type, il m'avait filé une adresse pas loin d'où j'habitais tout en me disant d'informer les gars qui seraient là que c'était lui qui m'envoyait.

Alors on est partis, mes deux amis et moi et on est remontés jusqu'à cet immense bloc appartements plutôt délabré. On a monté les escaliers jusqu'au troisième étage et quelques instants plus tard, nous étions là tous les trois devant la porte indiquée et voilà que j'allais cogner, souhaitant que quelqu'un nous réponde.

Maintenant, je vous laisse imaginer le topo. De l'autre côté de la porte, vous avez un type plutôt agité qui passe ses journées entières à craindre qu'une armée de flics se pointe le bout du nez ou bien encore pire, qu'une bande rivale passe par là pour vous zigouiller pour de bon.

Et puis de l'autre côté de la porte, vous avez un type maigrichon comme tout (yep, j'ai eu ma belle époque moi aussi), avec les cheveux longs, accompagné de deux autres types sortis tout droit d'un band de death metal, portant des cheveux longs et une longue barbe, et juste pour ajouter à l'inquiétude, voilà qu'un de ces deux types est un albinos.

Je vous dis ça comme ça, mais si ici on était dans un film de Quentin Tarantino, tout ça finirait certainement en fusillade.

Mais bon, de mon point de vue à moi, le type nous a ouvert la porte, a affiché un air très craintif, puis aussitôt les présentations faites, il nous a laissés entrer, a pris notre fric et nous a filé la marchandise.

Or, j'ai compris à la sortie du bloc appartements pourquoi mes deux copains étaient livides comme s'ils avaient vu la mort en face. Le truc, c'est que de leur point de vue, le gars qui m'a ouvert la porte tenait une machette dans la main (que je n'avais évidemment pas remarqué) et tout au long de la courte transaction, un autre type au fond de la pièce semblait cacher ce qui s'apparentait à un flingue sous son chandail.

Alors hop, pour ma part, je m'en fous que dans un avenir proche, on puisse acheter de l'herbe à la SAQ ou au dépanneur du coin. En fait, tout ce qui m'intéresse, c'est de réduire mes chances de me faire trancher la gorge à coup de machettes pour un ridicule sac d'herbe.

Et puis disons-le, mais je ne crois pas que personne ne sera très nostalgique à l'idée de ne plus jamais avoir à demander à qui que ce soit: «dis l'ami, tu sais où on pourrait trouver de l'herbe?»

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