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Le ministre de la Solidarité sociale, François Blais... (Archives La Presse)

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Le ministre de la Solidarité sociale, François Blais

Archives La Presse

 

Joël Martel
Le Quotidien

CHRONQUE / C'est peut-être passé sous votre radar, mais voilà qu'au cours des derniers jours, le gouvernement provincial a annoncé en catimini que le ministre de la Solidarité sociale, François Blais, avait été mandaté afin de diriger un groupe de députés dont le mandat sera d'évaluer la faisabilité d'un régime de revenu minimum garanti.

Je ne sais pas pour vous, mais vite comme ça, tout ça pourrait sonner comme de la musique à mes oreilles, or il y a aussi cette petite voix qui se fait de plus en plus entendre dans ma tête au fil des années et qui me rappelle sans cesse qu'il vaut mieux se méfier avant de se laisser gagner par l'enthousiasme, surtout lorsque tout semble trop beau pour être vrai.

Car disons-le, il faudrait être un sacré sans-coeur pour ne pas vouloir que tout un chacun puisse disposer du strict minimum afin de vivre dignement? Et de toute façon, que l'on soit plus à droite ou plus à gauche, la plupart des études démontrent que lorsqu'une communauté ou un système social s'assure du bien-être de tous, c'est tout le monde qui y gagne à la fin.

Alors hop, si l'on ne tient compte que de son appellation, un éventuel régime de revenu minimum garanti, ça peut s'apparenter en quelque sorte à de la vertu et du coup, on est tenté de se dire qu'on ne peut pas être contre ça.

Et c'est justement là que la petite voix qui prend de plus en plus d'ampleur dans ma tête au fil des années me dit : « Mais hop hop hop, petit bonhomme, tu ne penses pas qu'il pourrait y avoir anguille sous roche par hasard? »

Maintenant, que l'on se comprenne, le type qui vous écrit au bout du clavier n'a rien d'un spécialiste en économie ou autre truc du genre, or j'ai été assez souvent dans la merde pour savoir qu'entre le véritable minimum dont on a besoin pour vivre dignement et le minimum que l'État considère juste, il y a souvent un fossé qui n'a absolument rien à envier au Grand Canyon.

Par exemple, il y a tout juste un an, j'étais à deux doigts de tout perdre en raison d'une baisse significative de mes revenus et alors que j'étais éligible à l'assurance-emploi afin de me sortir la tête de l'eau, un fonctionnaire m'a clairement dit, et ce, sans même éclater de rire, qu'avec un peu moins de 200 dollars aux deux semaines, je pouvais bien être capable de me débrouiller afin de payer ma modeste maison tout en subvenant aux besoins de ma famille. Inutile de vous dire que chaque jour, j'ai une pensée pour cet individu et que je lui souhaite de tout mon coeur des hémorroïdes jusqu'à la fin de son existence.

Alors voilà, un revenu minimum garanti, ça peut sembler plutôt cool d'entrée de jeu, mais ça peut aussi vouloir dire le gros minimum. C'est-à-dire qu'on pourrait ainsi filer aux plus démunis ce qu'un groupe de gens complètement déconnectés de la réalité juge ce que devrait être le minimum et pour le reste, on s'en laverait les mains.

En d'autres mots, un peu à l'image de ces parents fortunés dont les activités professionnelles les mobilisent pratiquement 24 heures sur 24 et qui compensent leur absence par une carte de crédit, c'est bien beau de l'argent, mais ça ne remplace pas un système de valeurs, des aptitudes à socialiser et surtout, ça ne remplace pas quelqu'un qui vous donne le goût de croire à vos rêves et qui sait, d'aspirer à faire de notre planète un monde meilleur.

Et c'est justement ça qui me fait peur dans ce projet. En fait, ce dont je me méfie le plus, c'est que si un tel projet était uniquement animé par des idéaux, on l'aurait annoncé en grandes pompes et ça serait la fête dans les rues depuis une bonne semaine.

En tout cas, une chose est certaine, si ce projet devait ultimement prendre forme et que c'est l'État actuel qui était chargé d'établir ce qu'est le minimum, on peut déjà oublier de fêter ça en sabrant le champagne. Qui sait, avec un peu de chance, on aura peut-être droit à une bouteille d'eau minérale.

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