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CHRONIQUE / Alors voilà, au départ, je devais écrire une chronique à propos de... (Photo 123RF)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Alors voilà, au départ, je devais écrire une chronique à propos de ces nouvelles réglementations qui font en sorte que les employés travaillant dans les bars doivent maintenant fournir une facture aux clients pour chacune de leur consommation.

Évidemment, j'aurais traité le tout d'un angle très ironique où j'aurais fait semblant de saluer le gouvernement pour s'être enfin attaqué à ceux et celles qui menacent le plus notre système économique: les travailleurs. J'en aurais certainement aussi profité pour faire un parallèle sournois avec les différents tours de passe-passe fiscaux auxquels se prêtent nos différents chefs politiques, tel que vu récemment dans les journaux.

J'aurais sûrement aussi souligné avec sarcasme le fait qu'il s'agit là de la meilleure décision économique jamais vue jusqu'ici, car avec toutes ces factures à imprimer, on relancera certainement du coup l'industrie du papier. Et puis à ça, j'aurais éventuellement ajouté que les ceuzes qui dénoncent cette nouvelle façon de procéder en lançant des arguments environnementaux pourront bien chialer tant qu'ils le voudront, mais qu'on s'en fout parce que tout le monde sait que ce sont toujours les mêmes qui chialent.

Je vous le dis, c'était du tout cuit cette chronique. Je me voyais déjà devenir la sensation du jour sur les réseaux sociaux. D'un côté, les initiés au sarcasme qui auraient salué ma plume agile et de l'autre, les démunis du sarcasme qui auraient réagi vivement en affirmant que je suis un sacré crétin de croire que la source de tous nos problèmes économiques n'est rien de moins que les honnêtes travailleurs.

Même qu'avec un peu de chance, une célébrité aurait vu passer ma chronique et l'aurait même partagé à ses milliers de fans avec enthousiasme, citant notamment la conclusion de ma chronique où j'aurais porté l'ironie à son summum en affirmant que le gouvernement provincial actuel est le MEILLEUR de toute l'histoire du Québec en ce qui concerne l'économie et que dans 200 ans, nos petits-petits-petits-petits-enfants salueraient les visionnaires de notre époque d'avoir généreusement investi dans Bombardier qui devrait alors être le leader en matière de téléportation.

Et puis hop, alors que je m'apprêtais à attaquer fiévreusement mon clavier afin de pondre cette chronique qui m'ouvrirait les portes de toutes les stations de radio et de télé en tant que commentateur de l'actualité, voilà que mon amoureuse m'a fait réaliser que même si tout ça semblait dérisoire, en comparaison avec les problèmes économiques de taille comme le dossier chaud des paradis fiscaux, eh ben, c'était quand même une chose à laquelle on allait devoir arriver un jour ou l'autre.

Parce que oui, à la fin, ces cinq dollars ici et là qui n'étaient pas toujours déclarés, eh bien, ce sont des cinq dollars qui disparaissent en quelque sorte du système et qui n'y sont pas réinjectés. Et que des dizaines de cinq dollars ici et là à tous les jours, ça finit par faire des centaines de cinq dollars qui deviennent ensuite des milliers de cinq dollars et là, pas besoin d'avoir fait ses maths 536 pour déduire que tout ça finit par faire des montants considérables.

Enfin, je ne sais pas trop comment on en est arrivé là, mais Julie et moi, on a fini par parler des pourboires et voilà que l'éternelle question est revenue nous hanter: c'est bien beau le truc de donner au moins 15% de sa facture en pourboire, mais lorsqu'il s'agit du livreur de pizza ou du type somme toute sympa qui met de l'essence dans votre voiture alors que vous ne savez plus trop si vous devez jaser avec lui en attendant qu'il finisse de faire le plein, car ça paraîtrait mal de rentrer dans votre voiture en attendant que le boulot soit fait, eh ben voilà, on leur donne combien à ces braves personnes?

Et pourquoi il faut filer du pourboire au fleuriste et à la coiffeuse, alors qu'on n'en donne pas à la madame qui vous dit «bienvenue chez Walmart» ? Alors hop, je ne l'ai pas écrite cette chronique, donc pas besoin de la déchirer ou de la déclarer, car elle n'existe tout simplement pas.

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