Sans porte western

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CHRONIQUE / Je devais avoir sept ou huit ans la première fois où j'y suis entré... (Photo 123RF)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je devais avoir sept ou huit ans la première fois où j'y suis entré et près de 30 ans plus tard, mon coeur et ma tête n'en sont jamais vraiment ressortis.

Je me souviendrai toujours du choc qui m'avait soudainement envahi lorsque j'avais fait répéter la gentille dame qui nous faisait visiter les lieux lors de cette sortie scolaire: «Oui oui, tu as le droit d'apporter à la maison huit livres à la fois et tu peux les conserver trois semaines.»

Bordel. La claque que ça m'avait donnée.

Tous ces livres qui étaient soudainement à ma portée. Des albums, des documentaires, des bandes dessinées et puis tous ces «gros» romans que je pourrais lire plus tard.

C'était avant la «nouvelle» bibliothèque au milieu du centre-ville, vous savez, à l'époque où elle était à proximité de l'église Saint-Joseph, là où le musée d'Alma allait ensuite être transféré.

D'un côté, il y avait la section pour enfants, qui me semblait déjà être une source intarissable de connaissances, et puis juste un peu plus loin, il y avait la section réservée aux adultes.

Et puis, comme j'étais ce qu'on appelle un «bon élève», j'ai donc respecté religieusement la consigne comme quoi cette section était réservée aux adultes et pendant quatre ou cinq années qui m'ont semblé une éternité, je me plaisais souvent à imaginer les merveilles qui pouvaient s'y trouver.

Le mystère aura donc pris fin le jour où une employée m'aura annoncé sans tambour ni trompette que j'avais désormais l'âge requis pour emprunter des documents adultes. Je devais avoir 12 ou 13 ans.

Maintenant, je vais vous éviter bien des détails, mais disons qu'en tant qu'adolescent, cette section m'a énormément aidé dans certains apprentissages de la vie...

Et puis ensuite, il y a eu les bibliothèques de Montréal, dont la magnifique bibliothèque Maisonneuve avec ses airs de musée à la Indiana Jones.

Et sinon, il y a eu ces cinq années en tant qu'employé à la bibliothèque de Chicoutimi. D'ailleurs, si vous avez souvenir que je vous aie déjà facturé des retards, c'est probablement parce que je ne vous trouvais pas courtois. Le truc, c'est que le jour où j'ai su que les frais de retard n'allaient pas nécessairement dans les coffres de la bibliothèque, je me suis dit que d'annuler les frais de retard de tout un chacun serait ma petite révolution de l'intérieur.

Et voilà que désormais, c'est en compagnie de mon fils de cinq ans que je vais faire mes petits tours hebdomadaires à la «nouvelle» bibliothèque d'Alma.

Mais ce qui est le plus déroutant dans tout ça, c'est que malgré la mine d'or d'informations que peut être Internet, je ressens toujours la même excitation en franchissant les portes de la bibliothèque. Je sais que dans les minutes qui vont suivre, je tomberai peut-être sur un livre qui m'accompagnera pendant des semaines et qui pourrait même faire naître en moi une nouvelle passion pour un truc auquel je n'avais jamais porté intérêt jusqu'ici.

Quant à mon fils, c'est principalement la Wii U qui le motive à s'y rendre, et ce, malgré qu'il en ait déjà une à la maison. D'ailleurs, j'aurais bien aimé être un petit oiseau afin de pouvoir m'installer au bord de la fenêtre où a eu lieu la réunion où on a enfin pris la décision d'installer une console de jeux dans la bibliothèque. Et là, je dis ça, car chaque fois que je pèse le pour et le contre quant à ce concept, je vis une espèce de déchirement intérieur.

Mais bon, je me dis qu'à la fin, c'est un peu comme se faire donner de la drogue dans la cour d'école, si ça peut vous donner envie d'y retourner, pourquoi bouder son plaisir?

Enfin, si un jour vous désirez convaincre quelqu'un d'aller à la découverte des bibliothèques, contentez-vous seulement de leur dire que c'est comme un Netflix pour les livres. Mais attention, rappelez-vous que cela implique un important risque de transformer à jamais cette personne en la rendant junkie à la liberté d'apprendre.

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