Le grand boum

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CHRONIQUE / Au cours des derniers jours, il y a ce truc qui m'a frappé. (Photo 123RF)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Au cours des derniers jours, il y a ce truc qui m'a frappé.

Comme vous le savez, depuis le début janvier, on a un peu cette impression d'avoir été catapulté dans une longue procession funéraire où ces personnalités qui ont fait les beaux jours de l'actualité et de la culture populaire s'éteignent l'une après l'autre.

Évidemment, vous me direz que ce n'est pas comme si on avait inventé la mort en 2016, or les dernières semaines nous confrontent de plus en plus à une évidence : le vieillissement de la population dont on nous a toujours parlé est maintenant là. Il ne s'agit plus que d'une théorie qu'on appuie à l'aide d'un graphique démontrant une pyramide inversée. Ça se passe là, maintenant, et surtout demain.

Pour être franc avec vous, au cours des 35 dernières années, il m'est parfois arrivé de pester contre cette génération qui fait tranquillement, mais sûrement face à la musique.

En effet, je vous mentirais si je vous disais que je n'ai jamais ressenti une certaine jalousie à l'égard des baby-boomers.

Même que pour vous dire vrai, je serais prêt à payer une fortune pour avoir la chance de vivre, ne serait-ce qu'une seule nuit, cette époque où tous les espoirs étaient permis. Un peu à l'image de Marty McFly dans Retour vers le Futur, bordel que je donnerais tout pour aller boire un seul verre à ce fameux hôtel Royal sur la rue Price à Naudville dont mes parents et mes oncles et mes tantes m'ont tant parlé. Pour voir cette colonie gigantesque de jeunes adultes à qui l'avenir appartenait. Pour voir dans leurs regards cette soudaine liberté. Pour ressentir ce sentiment d'invincibilité que seul le fait d'être en grand nombre peut nous procurer.

Heureusement pour nous, gens des générations suivantes, peut-être n'avons-nous pas eu cette chance de ressentir toute cette effervescence où vous pouviez pratiquement choisir le boulot qui vous plaisait et où l'opulence semblait être là pour demeurer à jamais, mais bon, nous pouvons en quelque sorte toucher du bout des doigts ces rêves d'autrefois par l'entremise de la culture et de l'histoire. Et en toute honnêteté, il ne faudrait surtout pas croire que ce n'est là qu'une mince consolation.

Car près de cinquante ans plus tard, ce désir de se révolter et de faire bouger les choses qui se dégage des oeuvres des plus grands du rock n' roll est toujours aussi contagieux. Idem pour la littérature, les arts visuels ou même le cinéma.

Maintenant, on pourrait bien râler pendant des heures en affirmant que les baby-boomers ont progressivement laissé tomber leurs idéaux et qu'ils ont principalement adapté la société à leurs propres besoins en faisant fi des générations suivantes, mais n'est-ce pas là une erreur monumentale de juger une période de grands bouleversements historiques sur la seule base d'un groupe générationnel?

Et puis, on aime parfois l'oublier, mais cette génération que l'on accuse trop souvent d'avoir fait ombrage sur tout le reste, c'est celle de nos parents, de vos grands-parents peut-être même et probablement la vôtre. En fait, c'est certainement la vôtre parce que vous êtes encore si nombreux.

Alors voilà que débute ce triste spectacle où toute une génération cédera lentement, mais sûrement sa place. La grande vague s'approche de plus en plus. Il y aura bien des larmes. Bien des adieux. Je vous le dis, ça va beaucoup plus fesser qu'on ne peut l'imaginer.

Alors hop, il faudra bien mettre nos rancunes de côté pendant qu'il est encore temps. Dire à cette génération qu'on l'aime malgré ses nombreux défauts.

Et puis à la fin, comment en vouloir aux baby-boomers en sachant que leur seul grand crime, c'est d'être nés au bon moment.

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