La cryogénie

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CHRONIQUE / Eh ben, faudra bien lui donner ça à la Grande Faucheuse, mais quand... (Archives)

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Joël Martel
Le Quotidien

CHRONIQUE / Eh ben, faudra bien lui donner ça à la Grande Faucheuse, mais quand elle se décide à passer à l'action, elle n'y va pas par quatre détours.

Mais bon, avant d'aller plus loin, je crois qu'il est de mise de vous faire une petite confidence. Voyez-vous, malgré bien des efforts au cours des vingt dernières années, je ne suis jamais arrivé à développer ne serait-ce qu'un semblant d'enthousiasme pour David Bowie.

Évidemment, je pourrais facilement me constituer une liste de ses chansons que j'aime bien et on aurait certainement le temps de siffler deux ou trois bières avant qu'elle n'arrive à la fin, mais à la différence de bien d'autres légendes du rock, les chansons de Bowie n'arrivent qu'à me plaire. C'est déjà ça, mais on est bien loin de la folie qui m'habite soudainement lorsque j'entends un titre de Velvet Underground ou sinon, de cette envie de défoncer toutes les portes qui prend possession de tout mon être et de toute mon âme lorsque je prête l'oreille aux riffs de guitare endiablés de Keith Richards.

Maintenant, n'allez surtout pas croire que je vous raconte ça dans l'espoir vain d'être catégorisé dans une classe à part. Oh que non! En fait, si je vous raconte ça, c'est pour être certain que vous compreniez qu'ici, vous n'avez pas affaire à une chronique signée par un fan fini qui a perdu toute objectivité à cause de la douleur d'avoir perdu son idole.

Alors maintenant que c'est réglé, voici ce que je pense de David Bowie: ce gars était un sacré génie.

Pour vous dire vrai, je n'en avais jamais douté, mais disons qu'avec tout ce qu'on a écrit et raconté à propos du gars depuis son décès, eh ben, ça n'a fait que confirmer ce dont j'étais presque certain jusqu'ici.

Toutefois, cette espèce d'épiphanie «bowiesque» que j'ai expérimentée dans les derniers jours m'a fait réaliser un fait plutôt triste.

Le truc (allô Julie j'ai fait la vaisselle pendant que tu étais partie à la bibliothèque), c'est qu'à mon humble avis, on a souvent le «génie» facile lorsqu'un artiste bien connu du public nous quitte. En fait, lorsqu'un créateur bien apprécié du public décède, c'est un peu comme si on entrait soudainement dans une espèce de paradis médiatique des lieux communs. On parlera donc d'un «génie», d'un créateur comme il ne s'en fait plus, d'un artiste que personne n'arrivera jamais à égaler et bla bla bla.

Or, à 90% du temps, ces lieux communs qu'on emploie sont tout simplement galvaudés. Car voyez-vous, des créateurs comme il ne s'en fait plus, eh bien, on continue toujours à en faire. Et lorsque ces créateurs-comme-il-ne-s'en-fait-plus d'aujourd'hui comme par exemple Pierre Lapointe ou Marie-Pierre Arthur nous quitteront, la vie fera en sorte qu'entre-temps, une toute nouvelle génération de créateurs-comme-il-ne-s'en-fait-plus aura vu le jour.

Tout ça peut sembler con, mais ne serait-ce pas là la moindre des choses de faire preuve d'un peu d'inventivité au moment de rendre hommage à nos créateurs lorsque la mort vient les chercher? Ne serait-ce pas là une bonne façon de mettre fin au cynisme ambiant causé par cette époque où le copier-coller règne plus que jamais sur les médias? Où tout un chacun semble parfois relayer mécaniquement la même nouvelle?

Ces gens ont passé leur vie à créer pour nous. Ne devrions-nous pas faire un effort de la sorte afin d'honorer leur travail pour une ultime fois?

Et ainsi, en évitant dans la mesure du possible tous ces lieux communs, le jour où un vrai génie nous quittera, nous n'aurons plus à grimacer avec un certain malaise lorsque sera venu le temps d'accoler un terme aussi puissant à un artiste.

David Bowie est mort. On peut maintenant se donner un petit «break» de génies en attendant le tour de McCartney ou Richards ou Spielberg ou...

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