Le plastique invisible

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Les particules provenant de la dégradation des déchets (sacs, bouteilles, pellicules) se retrouvent dans les océans à raison de 8 millions de tonnes par année.

Archives PC

Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / Les plastiques sont une gamme de molécules géantes, des polymères fabriqués à partir du pétrole. Ils n'existent pas dans la nature, ce qui fait que les êtres vivants n'ont pas appris à les dégrader efficacement. Depuis un peu plus d'un siècle que la pétrochimie nous permet de bénéficier de ces molécules aux propriétés extraordinaires (on en fait des vêtements, des pneus, des emballages, des meubles, des additifs pour toutes sortes de produits usuels) ils terminent pourtant leur vie utile dans l'environnement, car ils sont difficiles à récupérer et à recycler efficacement. C'est ainsi que les débris de plastiques s'accumulent dans la biosphère et qu'ils commencent à créer de nouveaux problèmes pour l'environnement et la santé. Ces problèmes sont d'autant plus insidieux que les particules de plastique se fractionnent en microfibres ou en microbilles et qu'ils deviennent invisibles.

Une étude récente (https ://orbmedia.org/stories/Invisibles_plastics) a montré un aspect particulièrement pernicieux de cette pollution. Dans 85 % des échantillons d'eau potable provenant des réseaux d'aqueduc sur la planète, on a retrouvé des particules de plastique. Cela s'avère le cas dans 94 % des échantillons aux États-Unis. Même si l'étude ne présente pas d'échantillons pris au Canada, il est probable que notre score n'est pas beaucoup plus brillant.

Mais d'où vient ce plastique ? L'étude en recense six sources principales. La première provient du lavage des vêtements composés de fibres synthétiques (nylon, acrylique, polyester). On estime que les rejets de microfibres provenant de la lessive de ces vêtements dépassent 1 million de tonnes par année, dont la moitié échappent aux traitements municipaux. La seconde est la poussière d'usure des pneus. À raison de 20 grammes par 100 kilomètres pour une auto (et beaucoup plus pour les camions), des centaines de milliers de tonnes de styrène et de butadiène sont lavés vers le réseau pluvial des égouts municipaux. Environ 10 % des microplastiques viennent des peintures. Les particules provenant de la dégradation des déchets (sacs, bouteilles, pellicules) se retrouvent dans les océans à raison de 8 millions de tonnes par année. Enfin, des microfibres provenant du brossage des tissus synthétiques (par exemple les tapis) et des microbilles utilisées dans les cosmétiques et autres produits d'hygiène constituent les autres sources principales répertoriées.

Y a-t-il raison de s'en inquiéter ? Certainement. Les microplastiques peuvent constituer un site privilégié d'adsorption (liens chimiques faibles) pour des polluants toxiques comme les pesticides ou les métaux lourds. L'eau potable devient donc ainsi un vecteur potentiel de contaminants indésirables qui peuvent affecter les jeunes enfants et les femmes enceintes, plus sensibles à ce genre de pollution. Et le problème ne peut que s'aggraver, puisque chaque année on produit plus de plastiques qui se retrouvent au bout du compte dans l'environnement dont nous tirons notre eau potable, nos aliments et l'air que nous respirons. 

Mais doit-on pour autant troquer l'eau du robinet contre l'eau embouteillée ? Cette dernière étant la plupart du temps offerte dans des bouteilles de plastique, qui sont une source importante du problème, je vous laisse deviner la réponse!

Les effets des microplastiques sur la santé humaine restent encore largement inconnus. Dans un tel contexte, le principe de précaution s'impose. Il faudrait donc réduire à la source les déchets plastiques qui augmentent le risque d'effets indésirables. Sans compter que l'accumulation des déchets plastiques dans les océans constitue un problème bien réel et documenté.

Les problèmes liés aux microplastiques émergent à peine dans la littérature scientifique, pourtant l'industrie continue d'en produire et seulement 9 % sont recyclés. Si on voulait trouver un argument pour l'économie circulaire, c'en serait un très bon.

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