L'heure de la retraite a sonné

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Planter des arbres aujourd'hui, surtout d'espèces en danger,... (Photo 123RF)

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Planter des arbres aujourd'hui, surtout d'espèces en danger, et même s'ils ont aussi une valeur économique, est un devoir éthique, une responsabilité pour l'humanité.

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Nicole Huybens
Le Quotidien

CHRONIQUE / Jeudi soir, avec ma petite boîte en carton et le coeur serré, j'ai refermé la porte de mon bureau pour la dernière fois. J'ai pris ma retraite et me suis soustraite à l'activité quotidienne réglée par un contrat de travail. Vendredi 3 h du matin, je ne dors plus. J'ai bien sûr des milliers de projets passionnants, mais je ne savais pas que j'allais trouver cela si difficile de rendre des clés qui m'accompagnent depuis si longtemps, de ne plus voir des collègues le matin, d'arrêter de descendre des escaliers pour aller en classe.

Alors, dès que le jour s'est levé, j'ai pris le chemin de la forêt à qui j'ai raconté mes contradictions. Ses arbres ont pleuré de pluie, se sont secoués au vent pour pleurer un peu plus fort, j'étais perdue dans mes pas, plongée dans la contemplation du sol et de mes bottes.

Puis, le chien a détalé pour suivre deux perdrix que mes pensées dérangeaient, elles se sont envolées, m'obligeant pour les contempler à relever la tête et les yeux, à regarder devant moi ce chemin magnifique qui serpente à travers la forêt comme je me faufile dans la vie. 

J'étais arrivée au petit pont sur la rivière. J'ai attendu un peu et puis je l'ai traversé, j'ai quitté la rive professionnelle, pour aller vers celle d'une plus grande liberté, d'une plus grande lenteur et j'ai emporté avec moi ce qui est vraiment important : l'idée de participer à un monde plus libre, plus juste, plus vert et plus responsable.

M'est alors revenue en tête cette idée du Dalaï-Lama : le monde aujourd'hui n'a pas besoin de plus de personnes performantes ; il y en a beaucoup déjà. 

Les humains et les non-humains ont maintenant besoin de pacificateurs, de dialogueurs, de soigneurs, de raconteurs d'histoires, de rêveurs et d'amoureux de toutes sortes. 

Nous sommes dotés de tous les outils possibles, nous avons des systèmes de gestion sophistiqués, des connaissances extraordinaires, nous vivons plus longtemps, nous nous protégeons mieux contre les maladies... mais nous manquons de sagesse. 

La planète a besoin que l'humanité s'humanise plus, et les universités ont un grand rôle à jouer dans cet ambitieux projet. 

Et les professeurs retraités aussi ! En arrivant à la maison, j'ai repensé à ce projet de plantation d'un très bel arbre de la famille des cyprès (tawainia cryptomeriodes) relaté par Sheelagh O'Reilly. La minorité ethnique vietnamienne « Hmong » a une relation très forte avec cet arbre. De magnifiques spécimens situés dans un village sont révérés comme des « pères ». 

L'arbre a une grande valeur commerciale et il s'en plante beaucoup en Chine. 

Au Vietnam, il est devenu rare à l'état sauvage en raison du brulis utilisé pour permettre le pâturage. Un projet de plantation a été entrepris en collaboration avec la population locale. Une aire de protection devrait être créée pour protéger 500 ha de terrain où l'arbre subsiste à l'état sauvage. Elle fournira des semis et des graines.Avec son bagage génétique local et planté à grande échelle, l'arbre ne sera plus en situation précaire au Vietnam. Sa valeur économique va changer aussi : s'il n'est plus rare, il sera moins cher. 

Mais pour l'arbre ? Un arbre qui a poussé là où le hasard fait tomber une graine a-t-il plus de valeur que son frère jumeau planté par les mains des hommes ? 

Moi, je pense que ce n'est pas seulement pour des raisons utilitaires que ces arbres doivent être plantés, c'est aussi pour l'arbre lui-même et son espèce et pour tous les non-humains qui s'y associeront autant que pour les enfants de ceux qui les plantent aujourd'hui. 

Planter des arbres aujourd'hui, surtout d'espèces en danger, et même s'ils ont aussi une valeur économique, est un devoir éthique, une responsabilité pour l'humanité.

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