La pointe de l'iceberg

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Des manchots empereurs... (Photo 123RF)

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Des manchots empereurs

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

Une étude parue dans le Proceedings of the National Academy of Sciences le 10 juillet a beaucoup fait parler. Les auteurs y traitent de l'extinction de masse des vertébrés à laquelle on assiste actuellement et qui semble s'accélérer inexorablement (http ://www.pnas.org/content/early/2017/07/05/1 704 949 114.full).

Il s'agit d'une recension de l'état des populations de 27 600 espèces de vertébrés terrestres, c'est-à-dire près de la moitié des espèces de vertébrés répertoriées par les biologistes. Ils ont aussi étudié de façon plus détaillée 177 espèces de mammifères dont les populations ont été suivies entre 1900 et 2016. Les constats sont alarmants.

Le tiers des espèces dans l'échantillon global ont connu une réduction de leur aire de répartition et de leurs effectifs. Dans le groupe plus restreint, 40 % ont subi des réductions qualifiées de sévères, ce qui les menace de disparition. La vitesse observée des extinctions dans le dernier siècle est cent fois plus élevée que la vitesse « naturelle » qu'on pourrait observer sans la présence de l'humain. Mais pourquoi ?

La question est complexe. Depuis 1900, les effectifs de l'humanité se sont multipliés par cinq et nous consommons beaucoup plus de ressources et d'espace par personne aujourd'hui que nos ancêtres. Nous produisons aussi beaucoup plus de déchets et notre activité économique s'accompagne d'émissions de gaz à effet de serre qui modifient rapidement le climat global, ce qui a des conséquences dramatiques sur les espèces vivantes. L'élevage et l'agriculture occupent de plus en plus d'espaces qui étaient autrefois sauvages. L'agriculture industrielle appauvrit les sols et l'usage des pesticides affecte les écosystèmes environnants. Les villes, les routes, les aéroports et autres infrastructures rongent l'espace écologiquement productif. Sans compter que le dérèglement du climat accélère la désertification et que la pollution des eaux douces fait disparaître les espèces de poissons les plus fragiles.

Mais les espèces océaniques aussi sont menacées. Certes, nous prélevons des poissons par la pêche, pour nous nourrir ou pour nourrir les poissons en aquaculture, mais les pêcheries excèdent trop souvent la capacité de renouvellement des stocks, ce qui provoque leur effondrement. Les déchets comme les plastiques se retrouvent dans les océans où ils menacent la vie marine. On estime en effet que 8 millions de tonnes de déchets en plastique se retrouvent chaque année dans les océans. Pire encore, l'augmentation de la concentration de CO2 provoque une acidification de la surface océanique, ce qui nuit aux coraux et à de nombreuses espèces d'invertébrés marins et de larves de poissons.

Faut-il pour autant jeter la serviette ? Ce n'est pas la bonne attitude à encourager. Beaucoup de choses se sont améliorées depuis les années 1980 où on a commencé à anticiper la disparition accélérée de la biodiversité. D'abord, la science nous a permis de mieux mesurer les phénomènes et de prendre conscience de la vitesse à laquelle évoluent la dégradation des écosystèmes et les causes sous-jacentes. Cela a catalysé l'action à l'échelle nationale et internationale pour renverser le phénomène. On n'y est pas encore, mais il est au moins possible de penser qu'on pourra limiter les dégâts. 

La diminution des effectifs et de l'aire de répartition des espèces de vertébrés n'est que la pointe de l'iceberg. La dégradation globale de l'environnement nous réserve encore bien des surprises, et pas des meilleures. Mais la disparition d'une espèce est irréversible. Il n'y a pas de retour en arrière. L'étude de Ceballos, Erlich et Dirzo a le mérite de mettre des chiffres crédibles pour souligner l'urgence d'agir. C'est un indice du travail qu'il nous faudra faire dans les prochaines décennies si l'on veut léguer à nos enfants une planète vivable.

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