Climatus interruptus?

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Donald Trump... (Photo Archives Associated Press)

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Donald Trump

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / Le président Trump a annoncé jeudi le retrait des États-Unis de l'Accord de Paris sur le climat que son prédécesseur, Barack Obama avait signé en 2015  et ratifié en 2016. Du même souffle, il a annoncé son intention d'en renégocier les conditions à l'avantage des Américains. Pas fort le mec !

Entendons nous bien, malgré ses convictions climato-sceptiques, le clown de Washington ne remet pas en question les changements climatiques. Il considère que les États-Unis ont fait une mauvaise affaire et que cela va leur coûter cher. « Une blessure à notre compétitivité » a-t-il déclaré...  « C'est un complot pour exploiter les citoyens américains »... « J'ai été élu pour protéger les citoyens de Pittsburgh, pas ceux de Paris ».

En 2001, à peine en poste, le président Georges W. Bush avait refusé de ratifier le Protocole de Kyoto. À la différence de l'Accord de Paris, le Protocole de Kyoto n'avait pas été ratifié par le gouvernement américain et il couvrait seulement les émissions d'une trentaine de pays alors que l'Accord de Paris a été signé par l'ensemble des pays membres des Nations Unies et ratifié par la plupart avant la fin de 2016. Le 1er juin, les États-Unis ont trahi leur parole, comme le Canada de Stephen Harper l'avait fait en 2011. Est-ce grave ? Oui et non.

L'Accord de Paris a une portée universelle, mais il n'est pas contraignant. Les pays se sont fixé des cibles appelées poétiquement « Contributions Prévues Déterminées au niveau National» (CPDN). Ces documents d'engagement comportent pour chacun des pays signataires des cibles de réduction d'émissions, des mesures d'adaptation et des promesses de contributions au fonds mondial du climat pour aider les pays en voie de développement  à faire face au défi de l'adaptation et de la transition vers une économie plus « verte » donc moins intensive en émissions de gaz à effet de serre. En gros, il y a un engagement de politique intérieure et un engagement de politique extérieure. Tout le monde a accepté de faire rapport aux cinq ans des progrès accomplis et de réviser les CPDN au besoin.

Depuis son arrivée au pouvoir, Trump a posé une série de gestes pour réduire la portée de sa politique intérieure de lutte aux changements climatiques. Sa dernière proposition budgétaire va aussi dans ce sens. Il aurait pu continuer ainsi et maintenir les États-Unis dans l'Accord de Paris. Il aurait simplement raté sa cible de réduction lors du rapport de 2022. L'accord n'étant pas contraignant, il aurait simplement eu l'air d'un « mauvais élève » aux yeux de la communauté internationale. Bref en termes climatiques, le mal est déjà fait.

En revanche, le refus de verser la contribution des États-Unis au fonds du climat est pas mal plus sérieux. Soit les autres pays devront compenser, soit il y aura un déficit de fonds pour aider à financer la transition énergétique des pays en développement et la protection de leur population. C'est l'essence du discours de Trump : « Ne pas sacrifier un sou de la prospérité américaine aux bougnouls». C'est déplorable, mais c'est cohérent. Il peut dire qu'il a été élu en promettant cela. Tant pis pour les perdants.

L'effet sur le climat mondial de ce retrait est très incertain. Il dépend de la réaction de la communauté internationale et celle-ci, en particulier l'Europe, le Canada et la Chine semblent fermes. L'effet de Trump sera probablement un simple remous dans la rivière. Si tout le monde se tient, les États-Unis seront simplement déclassés. Les Chinois leur vendront des panneaux solaires et des voitures électriques. Les entreprises et les États qui ont commencé leur transition manifestent leur opposition à la décision présidentielle. Il n'est pas bon pour l'économie de changer les règles du jeu !

« Le déclin de l'empire américain » semble devenir inéluctable. La présidence de Trump restera-t-elle anecdotique ou sera-t-elle déterminante ? L'avenir saura nous le dire.

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