Comprendre l'acceptabilité

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CHRONIQUE / L'acceptabilité sociale, sans oui, c'est non ! est un livre... (Photo 123rf)

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Nicole Huybens
Le Quotidien

CHRONIQUE / L'acceptabilité sociale, sans oui, c'est non ! est un livre écrit avec humour, très accessible et agréable à lire.

Pierre Batellier, qui termine son doctorat, et Marie-Ève Maillé, professeur à l'UQAM, offrent une compréhension fine des comportements et attitudes de ceux qui empêchent l'acceptabilité sociale de projets perturbateurs pour la nature et les humains. Ils veulent renforcer la capacité des citoyens à comprendre les situations dans lesquelles ils sont plongés quand un nouveau projet d'envergure est envisagé. Ils veulent aussi « les munir d'idées et d'arguments pour leur permettre d'intervenir et d'agir dans les projets qui débarquent dans leur milieu ». Ils disent aussi que c'est un livre « à mettre dans toutes les mains des personnes soucieuses de bien développer les projets en collaboration avec les communautés d'accueil ». C'est vrai, tous les promoteurs devraient le lire, même si ce livre n'est pas écrit pour eux : ils risquent d'y voir une défense « exagérée » de points de vue qu'ils ne portent pas. 

Le concept d'acceptabilité sociale fait son apparition dans les médias vers 2004 et son utilisation explose à partir de 2008. Les auteurs constatent qu'il n'y a pas aujourd'hui de définition unanime du concept même si on en parle partout. Les définitions se centrent sur ce qui serait souhaitable : une forme de conformité sociale, et sur la façon dont on devrait y arriver : l'information, la consultation, la concertation et, dans le meilleur des cas, la coconstruction. Pour ma part, je pense qu'il est en effet bien plus facile de définir la non-acceptabilité sociale !

Le chapitre du livre consacré à « la majorité silencieuse » permet de nuancer l'idée répandue qu'elle serait favorable au projet. Pourtant, entre les « pour » et les « contre », il y a tant de nuances et tant de « peut-être » qu'il est difficile de parler de majorité. Certains taiseux ont un avis sur le projet, mais choisissent de le taire pour éviter les conflits, par exemple. Certains sont bienheureux que d'autres mènent le combat, parce qu'ils n'ont pas nécessairement le temps ou l'énergie ou les informations. D'autres pensent ne pas avoir les compétences pour écrire un mémoire pour le BAPE et ne se sentent pas à l'aise de venir parler en public. Certains peuvent aussi ne pas souhaiter la fracture sociale qui s'installe dans une communauté quand une partie de la population a défendu haut et fort un point de vue et l'autre partie le point de vue inverse. 

Parmi ceux qui ne seraient pas nécessairement favorables au projet, les auteurs ont identifié 5 catégories de « taiseux » : les « oui, mais » qui veulent bien le projet avec des modifications. Les « pas au courant » ne peuvent évidemment pas donner d'avis. Il y a « les pas prêts à trancher » qui voudraient plus d'information sans trop les rechercher et se gardent donc une petite gêne. Vous avez aussi les « neutres qui n'aiment pas la chicane » et les « désenchantés » qui pensent que quoi qu'ils puissent dire ou faire, cela ne servira à rien. Et même si une grande partie de la majorité silencieuse était pour un projet, ce n'est pas une raison pour évacuer les avis d'une minorité de personnes qui le contestent. Notre développement économique n'est pas à ce point sans défaut qu'il faille absolument se passer d'avis discordants, légitimes, intéressants et même innovants !

La contestation sociale est porteuse d'une créativité qu'il est intéressant de favoriser, car comme le livre le montre, les opposants sont souvent des promoteurs d'autres développements et les voir comme des contestataires, opportunistes, intéressés et égoïstes, c'est vraiment mal comprendre le sens d'un phénomène social qui se généralise.

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