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CHRONIQUE / La semaine dernière, j'ai rencontré Martin, un investisseur privé.... (123rf)

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Nicole Huybens
Le Quotidien

CHRONIQUE / La semaine dernière, j'ai rencontré Martin, un investisseur privé. Dans la vie, il analyse des projets pour évaluer leur rentabilité et leur viabilité financière. Jeune banquier, il recherchait les plus grands rendements sur investissement des projets les plus rentables en prenant les risques les plus faibles.

Il est Irlandais, habite Londres et Singapour et passe autant de temps dans les airs, les taxis et les salles de réunion du monde que moi dans mon salon ! Au fil des années, il s'est rendu compte qu'il ne dormait plus bien, buvait trop, que l'air des villes devenait irrespirable à cause des voitures et de la pollution industrielle. Au hasard de ses voyages et des opportunités que lui a offertes la vie, il s'est posé des questions sur le sens de ce qu'il faisait. Il se rend compte maintenant qu'il y a des limitations physiques à la croissance économique et que notre vie heureuse n'a pas besoin de toujours plus d'argent et de biens matériels, surtout si nous sommes d'accord de partager le bien-être et le bonheur avec tous les humains.

Par exemple, il me racontait que dans l'Inde rurale, des centaines de millions de personnes n'ont pas accès à l'électricité. Elles cuisinent et s'éclairent au kérosène. C'est dangereux, toxique pour la santé et cher pour un bien-être très relatif. Procurer à ces personnes de l'énergie électrique propre, c'est selon lui une nécessité pour l'humanité. Aujourd'hui en même temps qu'il recherche des opportunités d'affaires rentables, il estime que c'est d'autant mieux si les projets permettent la création d'emplois et l'augmentation du standard de vie pour des personnes qui en ont vraiment besoin. Martin pense que son temps de vie sur la Terre est limité, comme celui de tout le monde. Il sait que son bonheur n'est pas dans le fait de devenir toujours plus riche. Et il a aussi pris conscience de l'héritage qu'il veut laisser aux suivants. Mais cela ne l'empêche pas de vouloir donner du sens à sa vie en faisant ce qu'il sait bien faire : l'analyse financière de projets. 

Il n'a pas de certitude à propos des changements climatiques : il hésite entre un manque de connaissances lié à des modèles incomplets et un impact des activités humaines. Mais de toute façon, dit-il, polluer l'air, le sol et les eaux, respirer les particules de gaz d'échappement juste pour faire de l'argent n'aidera personne, ni aujourd'hui ni demain. Il investit donc dans les énergies renouvelables diversifiées avec la certitude qu'il n'existe pas de solution parfaite : les technologies propres dont nous disposons aujourd'hui ont des limites. Il convient donc de tout développer le vent, le solaire, la géothermie, la biomasse... et même de trouver une manière plus propre d'utiliser les énergies fossiles. Il dit que ce n'est peut-être pas une réponse finale, mais qu'elle est quand même indispensable. J'en suis moins certaine... mon rêve de transformation du monde est plus radical. Cependant, je préfère ce monde meilleur avec Martin que sans lui. 

Le jour où il disparaîtra, il veut se dire qu'il a fait au mieux, que sa vie a eu un sens et surtout qu'il n'a pas été égoïste. J'aimerais l'inviter à venir raconter aux étudiants en éco-conseil comment il voit son métier aujourd'hui et son cheminement. Car tous les projets, même les plus éthiques, les plus verts ou les plus solidaires ont besoin d'argent. Si plus d'investisseurs commencent à repenser les fondements mêmes de leur business, c'est un message d'espoir. Je sais que chacun quelque part sur la Terre peut faire quelque chose pour que le monde devienne moins injuste. Et je suis de plus en plus persuadée que s'il y en a qui peuvent faire beaucoup, ce sont bien les financiers du monde.

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