Le crime ne paie pas !

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / La lutte aux changements climatiques doit s'inscrire dans toutes les sphères de l'activité humaine.

Réduire la consommation de carburants fossiles, augmenter le recyclage et l'efficacité énergétique, favoriser la séquestration du carbone dans les écosystèmes agricoles et forestiers ne sont que quelques exemples des actions susceptibles de diminuer nos émissions de gaz à effet de serre à l'échelle locale et globale, individuelle et collective. Mais il existe des façons surprenantes de lutter contre les changements climatiques. J'en prends pour témoin un article paru en mars dernier dans la revue The British Journal of Criminology (https://academic.oup.com/bjc/article/3064487/The), lequel démontre qu'une réduction de la criminalité pourrait contribuer à la lutte aux changements climatiques.

L'article affirme d'emblée que les activités criminelles ont de nombreux impacts sur l'environnement et qu'il faudrait en tenir compte. En regardant l'argumentaire des auteurs, on constate que les infractions criminelles, qu'elles soient ou non déclarées à la police, occasionnent de nombreuses sources d'émission de gaz à effet de serre. Par exemple, après un cambriolage, il faut remplacer les objets volés, ce qui stimule la production de ces objets et les émissions liées à l'extraction des ressources, à leur transformation, au transport, à l'emballage et à la distribution de ces biens. Les agressions contre les personnes nécessitent des déplacements de policiers, des transports en ambulance, etc. Si on attrape les coupables, il faut les traduire en justice et éventuellement les détenir plus ou moins longtemps en prison. Les auteurs ont évalué les émissions liées à l'anticipation des crimes (systèmes d'alarme, protection passive, etc.), le remplacement des biens volés, les dépenses de santé pour soigner les victimes, les activités policières, les poursuites judiciaires, l'emprisonnement des coupables et autres. L'empreinte carbone d'un cambriolage déclaré à la police totalise ainsi 1,1 tonne de CO2 équivalent. On a tenté d'évaluer ce que cela représentait en termes d'émissions supplémentaires de gaz à effet de serre à l'échelle d'un pays comme le Royaume-Uni. Le résultat est impressionnant. Par exemple, en 1995, les émissions évaluées atteignaient presque 7,2 millions de tonnes. 

L'article nous apprend que la criminalité au Royaume-Uni a été réduite de 63 % en vingt ans, ce qui aurait résulté en une réduction de 74 % des émissions totalisant ainsi 52 millions de tonnes de CO2 équivalent sur la période étudiée. C'est considérable. Les auteurs concluent donc que la lutte contre le crime va de pair avec la lutte aux changements climatiques. Cela ne s'invente pas ! L'article détaille aussi l'évolution des émissions liées aux principaux types de crimes déclarés ou non à la police pendant la période 1995-2015. 

De façon surprenante, d'autres auteurs ont évalué que le réchauffement du climat et les catastrophes climatiques auraient un effet à la hausse sur la criminalité. On peut donc identifier ici une boucle de rétroaction positive. La lutte à la criminalité diminuant les émissions de gaz à effet de serre, cela contribue à retarder les effets du réchauffement climatique, donc de la hausse de la criminalité.

Naturellement, ce genre d'évaluation est surprenant, mais il illustre l'importance de mesurer l'empreinte carbone de nos activités. On pourrait par exemple questionner l'impact sur le climat de nos choix de modes de transport, de nos choix alimentaires, de notre consommation de meubles, etc. Cela nous donnerait des options pour lutter plus efficacement contre les changements climatiques.

Que dire de plus ? Je rêve du jour où les motards et la mafia demanderont d'obtenir des crédits de carbone pour la réduction de leurs activités illégales. Ce jour-là, on aura une raison de plus pour affirmer que le crime ne paie pas !

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