Un autre mythe est mort

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CHRONIQUE / Les gens qui suivent le dossier du réchauffement climatique depuis... (Photo John McConnico, Archives Associated Press)

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Photo John McConnico, Archives Associated Press

Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / Les gens qui suivent le dossier du réchauffement climatique depuis plusieurs années ont vu les scientifiques écarter, tour à tour, par des travaux convaincants, les affirmations des climato-sceptiques. Même si les discours véhéments de certains d'entre eux se font encore entendre, il devient de plus en plus difficile de soutenir les arguments qu'ils avancent.

Ainsi, on a démontré tour à tour que le réchauffement observé n'avait rien à voir avec des cycles solaires, que la contribution des gaz à effet de serre d'origine humaine était déterminante, que la fréquence et l'intensité accrues des événements climatiques extrêmes étaient liées au forçage radiatif induit par nos activités et en particulier par la combustion des carburants fossiles. Toutes les tentatives de prouver une «machination» entre climatologues pour présenter des données faussées ont été infructueuses. Bref, les climato-sceptiques n'ont vu vérifier aucune de leurs affirmations depuis plus de 30 ans. Le 4 janvier dans la revue Science, une nouvelle étude (http://advances.sciencemag.org/content/3/1/e1 601 207) dégonflait un des mythes soutenant l'argumentaire des derniers climato-sceptiques: l'arrêt présumé du réchauffement entre 2003 et 2013 n'a jamais existé.

Il faut dire que les données de température combinant les mesures dans l'atmosphère et à la surface des océans semblaient montrer un plateau de 1998 à 2013. Pourquoi? C'est une question qui a motivé plusieurs travaux de recherche et d'innombrables tentatives d'explication, y compris dans le dernier rapport du GIEC sur la science du climat. J'en faisais d'ailleurs état dans mon dernier livre «Est-il trop tard? Le point sur les changements climatiques» en 2013. C'est un phénomène qui embarrassait bien des climatologues: de 1951 à 2012, la surface océanique s'était réchauffée en moyenne de 0,12 °C par décennie, avec une nette décélération depuis 1998, à 0,07 °C par décennie. Les climato-sceptiques y voyaient une preuve que la thèse du réchauffement était un canular.

Mais pourquoi les données posaient-elles un problème? Tout simplement parce que les instruments de mesure ont changé entre 2003 et 2013. Avant, les mesures de température de l'eau étaient effectuées à partir de bateaux, alors qu'aujourd'hui, ce sont des bouées qui enregistrent directement la température et la transmettent à des satellites. On a découvert que cette seconde méthode était beaucoup plus fiable que la première, qui induisait un léger biais. En 2015, la NOAA (administration américaine de l'atmosphère et des océans) avait publié un nouveau calcul corrigeant ce biais, mais les climato-sceptiques ont crié à la manipulation.

Étude de Berkeley

Le problème semble désormais avoir été réglé par l'équipe de Robert Rohde, de l'université de Berkeley (Californie). Après avoir réexaminé les données colligées par les trois plus grandes institutions qui centralisent ces mesures aux États-Unis, en Angleterre et au Japon, on arrive à la conclusion que la surface des océans a bien continué à se réchauffer de 0,12 degré par décennie pendant la période incriminée. Il n'y a donc pas eu de plateau ou d'hiatus climatique. Les données de l'étude de Berkeley confirment le calcul de la NOAA, la cause est entendue.

La modernisation des méthodes de mesure apporte à chaque fois plus de précision dans les données climatiques. Un peu comme votre thermomètre extérieur digital vous donne maintenant les dixièmes de degré alors que le vieux thermomètre à alcool ne vous donnait que la lecture en degrés et encore!

Chaque fois qu'une innovation technique est introduite, il faut revoir les données du passé avec un regard critique. Ça a été le cas à la fin des années 1990 quand on a commencé à mesurer l'élévation du niveau des océans avec des satellites plutôt qu'avec des échelles physiques. Le travail critique des scientifiques a permis encore une fois de dégonfler un mythe.

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