Péril en la demeure

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Scott Pruitt

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / L'Environmental Protection Agency (EPA) est en quelque sorte le Ministère de l'environnement fédéral des États-Unis. Cette agence est toutefois « indépendante » des chambres législatives qui ont néanmoins le pouvoir de nommer ses dirigeants, amender et adopter les lois qu'elle propose et de voter son budget annuel.

L'EPA a été créée sous la présidence de Richard Nixon en 1970 suite à l'adoption du National Environmental Policy Act (NEPA). À l'époque, au Québec, le mot pollution désignait une trace suspecte dans le drap d'un séminariste.

L'EPA a été la figure de proue mondiale en matière d'environnement, de normes et de propositions innovatrices pendant ses trois premières décennies. C'était la référence. Avec l'élection de Georges W. Bush en 2000, les choses ont beaucoup changé. L'agence a été coupée de ses moyens, on y a nommé des responsables qui avaient pour mission de museler les scientifiques et seule la bureaucratie a survécu. Naturellement, pour les industriels qui devaient changer leurs façons de faire, nettoyer leur passif et produire de façon plus propre et éco-énergétique, les relations avec l'EPA ont été tendues. Dans son histoire, tant au niveau des législatures des États que des lobbies à Washington, les pressions pour désarmer l'EPA ont été puissantes et soutenues. Depuis la montée en puissance du problème des changements climatiques dans les années 1990, les lobbies du charbon, du pétrole et du gaz ont investi des fortunes pour contrer les efforts règlementaires et ils y sont la plupart du temps parvenus.

On apprenait le 8 décembre la nomination du procureur général de l'Oklahoma, M. Scott Pruitt à titre de nouveau directeur de l'EPA par le président-élu Donald Trump. La levée de boucliers des environnementalistes américains n'a pas tardé. En effet, M. Pruitt est connu pour ses positions climato-sceptiques. Il fait partie des avocats qui ont intenté une poursuite contre les limites d'émissions proposées par le président Obama sur la production d'électricité et a signé un éditorial conjoint avec le procureur général de l'Alabama dans le National Review fustigeant le Clean Power Plan. (Pour ceux et celles qui lisent l'anglais, le texte est un morceau d'anthologie ! http ://www.nationalreview.com/article/435 470/climate-change-attorneys-general).

Parmi les arguments trompeurs évoqués dans l'article, on peut lire que « les scientifiques ne s'entendent pas sur l'ampleur des changements climatiques et sur la responsabilité des humains dans ceux-ci ». C'est faux. Le consensus scientifique sur la contribution des humains aux changements climatiques est établi mesurable et prévisible. On sait que le climat se réchauffera d'au moins deux degrés dans le présent siècle en raison de nos émissions cumulées de gaz à effet de serre. L'incertitude vient plutôt de notre vitesse de réaction pour éviter que le phénomène ne s'emballe. L'augmentation de température que nous observons à l'heure actuelle est très majoritairement d'origine humaine. Cela n'est plus matière à débat. Or, c'est ce que les auteurs de l'article demandent, qu'on présente la science comme une opinion et non pas comme un fait. Danger !

Cela augure mal. Il était déjà difficile pour les États-Unis de répondre à leur engagement dans l'accord de Paris. Avec un dirigeant aux opinions aussi rétrogrades et biaisées, il est difficile de croire qu'ils feront beaucoup mieux dans le prochain mandat présidentiel !

L'effet d'entraînement que cette carence d'action peut avoir est grave. D'abord pour le Canada qui a tendance à suivre servilement les politiques climatiques américaines sous prétexte de compétitivité des entreprises. Ce sera aussi un très mauvais exemple pour d'autres grands émetteurs comme la Chine. Heureusement, ce dernier pays semble avoir pris un virage vers la production d'énergie renouvelable.

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