L'asclépiade, cette inconnue

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L'asclépiade... (Archives La Presse)

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L'asclépiade

Archives La Presse

Nicole Huybens
Le Quotidien

CHRONIQUE / L'asclépiade est une plante vivace indigène, aussi appelée soie d'Amérique. C'est une très belle grande plante (entre 60 et 120 cm), ses fleurs sont pourpres et ses fruits curieux.

Elle pousse naturellement dans les terres incultes et les terrains vagues, au bord des routes, mais aussi dans les champs où elle n'est pas la bienvenue et où elle est combattue comme une mauvaise herbe. Elle porte le nom d'Asclépios, dieu grec de la médecine, car elle a été utilisée pour ses propriétés médicinales: on utilisait la soie brûlée et broyée dans un baume contre la douleur et le latex pour cicatriser des plaies et faire disparaître les verrues.

L'asclépiade est l'amie des abeilles et des papillons monarques. Ce papillon emblématique fait chaque année l'aller et retour entre le Canada et le Mexique. Le voyage de 4000 km exige les efforts de plusieurs générations de papillons dans le sens sud - nord, mais d'une seule dans le sens inverse. Les papillons qui partent du Canada et survivent à ce périple arrivent donc au Mexique pour y passer l'hiver. Le monarque est une espèce «préoccupante» au Canada, car les populations déclinent notamment en raison des désherbants utilisés dans l'agriculture intensive pour éradiquer l'asclépiade, plante sur laquelle il pond ses oeufs et dont les chenilles mangent les feuilles. Le latex de la plante est légèrement toxique: en l'ingérant sans danger pour eux, les monarques deviennent toxiques pour leurs prédateurs.

Je vous parle de cette plante et de ce papillon, parce qu'un reportage de Radio-Canada a retenu mon attention. Un fabricant québécois a mis sur le marché pour la première fois cette année (uniquement en ligne) des manteaux dont le rembourrage est fait des aigrettes soyeuses qui permettent aux graines d'asclépiades d'être emportées par le vent. Isolante hydrophobe, hypoallergénique et très légère, la fibre végétale est plus chaude à poids égal et moins dispendieuse que le duvet, et plus écologique que la bourre synthétique. L'utilisation de la soie d'Amérique n'est pas une invention du 21e siècle, on l'a utilisée au 18e siècle déjà pour fabriquer des vêtements chauds. Mais l'Europe disposait alors de soie et de coton et l'utilisation de l'asclépiade a été un peu oubliée.

Économie verte

La fabrication de ces manteaux répond aux critères de l'économie verte, celle qui a des impacts positifs à la fois pour les humains et pour la nature. Nous avons besoin de vêtements chauds et les monarques ont besoin de l'asclépiade. C'est fantastique: en cultivant cette plante particulièrement peu exigeante qui ne réclame ni engrais ni pesticide sur des terres marginales, on pourrait fabriquer un produit de grande qualité indispensable. Cela permettra de procurer des emplois verts de qualité aux habitants d'une région dans les secteurs agricole et manufacturier. Cette fibre végétale est renouvelable à volonté et des champs d'asclépiades participeront au rétablissement du papillon monarque et peut-être des abeilles. Nos campagnes seront plus belles aussi et plus diversifiées.

La fibre très creuse de l'asclépiade est aussi capable d'absorber deux fois plus de pétrole que les matériaux existants. Elle est utilisée par Parcs Canada pour nettoyer des sites en cas de déversement pétrolier. Qui sait combien d'autres utilisations nous pourrions inventer pour cette mauvaise herbe ou pour une autre? Il faut lutter aujourd'hui contre tous les projets qui détruisent la nature pour fabriquer des produits qui ne servent que les humains, mais il faut aussi se mobiliser pour favoriser des projets d'économie verte qui ont des impacts positifs sur la nature et sur les humains, même si cela demande plus d'imagination et de créativité.

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