Un seuil est franchi

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / L'observatoire de Mauna Loa à Hawaï mesure depuis 1958 la concentration atmosphérique de dioxyde de carbone (CO2). Ce gaz est le principal gaz à effet de serre émis par les activités humaines dont les effets provoquent un réchauffement du climat à l'échelle planétaire.

Depuis le début des mesures, la concentration de CO2 n'a cessé d'augmenter d'une année à l'autre, oscillant entre un minimum en septembre et un maximum en avril, reflétant ainsi l'activité photosynthétique des plantes (et en particulier de la forêt boréale) dans l'hémisphère nord. À partir de maintenant, les plantes cesseront de se nourrir du CO2 pour l'hiver. La concentration de CO2 se remettra donc à augmenter jusqu'au mois de mai où elle recommencera à descendre. On peut suivre ces mesures à l'adresse http://www.esrl.noaa.gov/gmd/ccgg/trends/. Pour la première fois depuis 2 millions d'années, la concentration de CO2 atmosphérique a dépassé la barre des 400 parties par million (contre 285 au 19e siècle) selon une étude publiée le 27 septembre dans le journal Nature Climate Change. Il est plus que probable que la concentration de ce gaz ne redescendra plus au-dessous de ce niveau d'ici la fin du 21e siècle malgré tous les efforts qui sont envisagés pour lutter contre les changements climatiques.

Comment peut-on prédire cela? En fait, l'humanité est encore dépendante des carburants fossiles (pétrole, gaz naturel et charbon) à plus de 80% pour sa fourniture en énergie primaire. Or, la vaste majorité des émissions de CO2 qui s'ajoutent aux sources naturelles viennent de la combustion de ces carburants pour le transport, la fourniture d'électricité et les usages industriels comme la pétrochimie, la production de ciment ou de métaux (acier, aluminium, magnésium, etc.). Comme l'humanité ne cesse de s'accroître et que la consommation individuelle demande toujours plus de ressources et d'énergie, il est probable que nous ne pourrons arrêter la croissance des émissions avant quelques décennies. Il s'ajoute ainsi, bon an mal an, de l'ordre de 53 milliards de tonnes de gaz à effet de serre dont 38 milliards de tonnes de CO2 d'origine fossile, ce qui provoque une augmentation de sa concentration moyenne de l'ordre de 2 à 3 parties par million chaque année.

Le seuil de 400 parties par million est important, car il signifie un réchauffement de 1,5 degré de la moyenne de température planétaire. Or, ce seuil est celui qui a été déterminé par la communauté scientifique pour limiter les impacts dans une zone d'adaptation pour les pays les plus sensibles entre autres au relèvement du niveau des océans. C'est d'ailleurs ce seuil qui a été retenu comme désirable par la conférence de Paris l'an dernier et sur lequel les gouvernements du monde entier se sont entendus en déclarant qu'il fallait prendre les mesures pour «limiter le réchauffement bien au-dessous de 2 degrés Celsius au 21e siècle».

L'accord de Paris est actuellement soumis à un processus de ratification qui laisse espérer sa mise en oeuvre à partir de 2021. Si la tendance se maintient, la cible de 1,5 degré sera irrémédiablement ratée. Des projets comme la cimenterie McInnis au Québec, le pipeline Énergie Est et l'autorisation donnée dans les derniers jours au projet de gaz naturel liquéfié Pacific Northwest montrent que malgré la volonté affichée par les gouvernements, il est peu probable que le niveau mondial des émissions fléchisse bientôt. Chacun de ces projets augmente la difficulté pour le Canada d'atteindre sa cible de réduction pour 2030.

Il est désolant de voir que nos gouvernements ne sont pas capables de se rendre à l'évidence. Nous ne pourrons pas lutter efficacement contre les changements climatiques en faisant toujours plus de projets qui augmentent nos émissions. Est-il trop tard? C'est de plus en plus probable. Souhaitons que les choses changent radicalement.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer