Infrastructures et changements climatiques

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CHRONIQUE / Le gouvernement du Canada a promis d'investir dans les... (Archives La Presse)

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / Le gouvernement du Canada a promis d'investir dans les infrastructures partout au pays de manière à soutenir l'économie, à rattraper un retard accumulé par la carence du gouvernement précédent et à préparer le pays pour relever les défis du prochain demi-siècle. Parmi ces défis, la lutte et l'adaptation aux changements climatiques figurent en bonne place.

Comme membre du collectif scientifique « Dialogues pour un Canada vert », j'ai été interpellé pour participer à une consultation sur ce sujet. Comment l'investissement dans les futures infrastructures peut-il contribuer à lutter contre les changements climatiques et comment celles-ci peuvent-elles nous aider à nous prémunir contre leurs conséquences ?

La dernière partie de l'équation est la plus simple à résoudre. On prévoit pour les prochaines décennies plus d'extrêmes climatiques, particulièrement des précipitations abondantes, des cycles de gel et dégel destructeurs et des périodes de canicule prolongées. Pour les infrastructures routières par exemple, cela signifie de grossir les tuyaux d'évacuation de l'eau, d'utiliser des enduits plus résistants pour recouvrir les routes et de prévoir des espaces verts pour limiter les îlots de chaleur urbaine. Ce sont les exemples les plus évidents, et il commence déjà à y avoir des directives pour le faire.

Concevoir des infrastructures pour lutter contre les changements climatiques demande une réflexion un peu moins conventionnelle. Il faut d'abord ouvrir la perspective du cycle de vie des infrastructures et surtout l'analyse des conséquences de ce cycle de vie. Par exemple, pour décongestionner un centre-ville, vaut-il mieux construire une nouvelle autoroute, un nouveau pont ou encore favoriser le transport actif et collectif avec des pistes cyclables et un tramway ? 

Selon la solution retenue, dans un cas, le transport automobile sera augmenté, donc les émissions de gaz à effet de serre aussi. Au contraire, le choix d'infrastructures favorisant le transport actif et collectif aura une incidence à la baisse sur ces émissions, contribuant ainsi à la lutte aux changements climatiques en plus de favoriser la santé et la qualité de vie dans le centre-ville. Comme les infrastructures ont en principe une longue durée de vie, leurs effets seront multipliés chaque année en fonction des options qu'elles ouvrent ou ferment à l'adaptation de nos comportements. Ainsi, des décisions d'aménagement de nos villes prises il y a 50 ans pour y favoriser l'automobile expliquent aujourd'hui pourquoi il est si difficile de circuler à pied ou encore pourquoi le transport en commun est inefficace.

Un autre aspect du cycle de vie des infrastructures qui contribue fortement aux changements climatiques par l'émission de gaz à effet de serre se trouve dans le choix des matériaux de construction. Pour faire une tonne de béton, il faut du ciment. La production de ciment est un des secteurs les plus intensifs en émissions de CO2 à l'échelle mondiale, mais tous les bétons ne sont pas égaux à cet égard. Pour que cela soit reconnu, il faut exiger des fournisseurs l'analyse de cycle de vie ou l'empreinte carbone des matériaux qu'ils comptent utiliser pour réaliser les projets sur lesquels ils soumissionnent. C'est là que les gouvernements peuvent faire la différence. Dans les processus d'appels d'offres, si l'empreinte carbone des matériaux devient un élément discriminant, les soumissionnaires devront s'y conformer, ce qui aura un impact direct sur les émissions en bout de compte.

Réduire l'impact des infrastructures sur les changements climatiques demande une réflexion préalable à leur réalisation. C'est le grand message qu'il faut retenir pour les villes et les gouvernements. Une fois que le projet a été décidé et commandé, il est trop tard. Les solutions qu'on pourra proposer en aval ne sont que des cataplasmes appliqués sur une jambe de bois.

Précision

Dans ma chronique publiée le 16 septembre dernier intitulée «Il faut faire la différence!», on pouvait lire:

«Des chroniqueurs de l'Ouest canadien considèrent que les réticences du Québec au passage du pipeline «Énergie Est» sur son territoire sont un geste discourtois, voire malintentionné qui menace les emplois et le développement économique en Alberta. On apporte comme argument: «Que dirait le Québec si une autre province s'opposait au passage de son électricité?». Cet argument démontre une ignorance profonde des règles du commerce de l'énergie au Canada. En effet, si le transport du gaz et du pétrole sont de juridiction fédérale, le transport de l'électricité est régi lui par des règles provinciales. Cela change profondément les règles du jeu et on ne peut pas confondre l'un et l'autre.»

L'Office national de l'Énergie m'a appelé pour me souligner que le commerce de l'électricité faisait aussi partie de son mandat. On aurait donc dû lire: «En effet si le transport du gaz et du pétrole sont de juridiction fédérale, le transport de l'électricité est aussi régi par des règles provinciales. Cela change profondément les règles du jeu et on ne peut pas confondre l'un et l'autre.»

Cela étant, le représentant de l'ONÉ n'a pu contredire aucun des éléments de faits et des conclusions apportées dans la chronique.

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