L'ère de l'anthropocène

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Le mois d'août est le 16e mois consécutif considéré comme le plus chaud sur la planète par l'Administration océanique et atmosphérique des États-Unis.

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Nicole Huybens
Le Quotidien

CHRONIQUE / L'âge de la terre est découpé en ères, périodes et époques. Nous sommes dans l'ère cénozoïque à la période du quaternaire et à l'époque de l'holocène. Cependant, un regroupement mondial de 35 scientifiques appelé le «projet Anthropocène» planche depuis 2009 sur les changements dans les processus géologiques et atmosphériques de la Terre liés à l'activité humaine. Ces experts ont présenté leurs conclusions lors du 35e congrès international de géologie au début de ce mois.

Ils considèrent que nous sommes sortis de l'holocène qui a débuté il y 12 000 ans avec la fin de la dernière glaciation pour entrer dans l'anthropocène. «Ce changement important dans le climat, la flore, la faune et la composition du sol a commencé il y a 50 ans à cause du largage de l'arme nucléaire, du réchauffement climatique et de la pollution de l'environnement», a dit le président du groupe de travail. On peut observer dans les couches géologiques et un peu partout dans le monde la dispersion d'éléments radioactifs résultants de l'explosion de bombes atomiques et essais nucléaires. Les déchets de plastique, la suie des centrales électriques au charbon, le CO2 issu de la combustion des énergies fossiles, le béton, la déforestation et le phosphate dans les sols ont des impacts globaux et permanents que nous connaissons déjà bien sur la planète: augmentation de l'acidité des océans, changements climatiques, déclin de la biodiversité...

Nouveau joueur déterminant

Évidemment, on sait que notre planète se transforme sans cesse depuis la nuit des temps: des espèces disparaissent, évoluent ou émergent; des îles apparaissent et disparaissent; les continents bougent et le climat se fait glaciaire ou se réchauffe... Faire de l'anthropocène une époque géologique, c'est désigner l'humanité comme nouveau joueur déterminant dans cet incessant mouvement global de transformation sans but et aux trajectoires multiples et imprévisibles. Alors, plus encore que nos traces dans les roches, c'est la responsabilité attribuée à notre espèce qui est remarquable dans le discours des géologues.

Contrairement à une météorite ou un volcan, nous avons aujourd'hui les connaissances et par conséquent, au moins en partie, le choix des orientations que nous donnons à la vie sur la planète en partenariat avec le reste de la nature. Dorénavant, nous savons que les forêts primaires, les pôles glacés, les déserts sont imprégnés de notre présence, comme l'atmosphère l'est aussi de celle des stromatolites. La nature sans nous n'existera plus jamais: nos traces sont permanentes. Et nous sommes devenus capables, au fil des millénaires et de nos incroyables connaissances scientifiques, de prévoir avec un minimum d'incertitude les conséquences de nos actions. Nous sommes donc libres de décider si l'anthropocène signifiera pour la planète une co-création qui profitera aux humains et aux non-humains, ou si nous la conduirons, en toute connaissance de cause, vers une planète moins vivante et plus polluée que ce qu'aurait peut-être fait la nature sans nous.

Nous vivons sur une planète magnifique. Mais notre disparition ou celle de toutes les espèces vivantes connues ne signifiera rien dans la révolution des étoiles et des temps galactiques. Cependant, il reste quelques milliards d'années avant que la Terre ne disparaisse dans l'infini de l'univers sidéral. Et nous participerons quoiqu'il arrive, avec notre ingéniosité et notre responsabilité, à ce qui se passera d'ici là. L'identification de l'anthropocène comme époque signifie alors un tournant éthique et pas seulement géologique pour notre espèce: la décision de poursuivre le meilleur et pas seulement de minimiser le pire dans la destinée du vivant nous revient en partie.

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