Ni l'un, ni l'autre

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L'oléoduc Énergie Est transporterait le pétrole de l'Alberta... (Archives Le Soleil)

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L'oléoduc Énergie Est transporterait le pétrole de l'Alberta vers l'Atlantique.

Archives Le Soleil

Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / Le gouvernement du Canada a annoncé qu'il ne changerait pas sa cible de réduction des gaz à effet de serre (GES) à l'horizon 2030 pour répondre à l'Accord de Paris. Ce recul apparent d'ambition n'est pas anodin. Le développement de l'économie canadienne, axé sur l'extraction de ressources naturelles pour les marchés d'exportation, a imprimé une empreinte forte qui se traduit aujourd'hui par une difficulté de changement d'autant plus grande qu'on a beaucoup investi dans ce modèle non soutenable.

Il y a cinquante ans, j'apprenais à l'école que l'amiante était un minéral merveilleux, porteur d'avenir pour de multiples secteurs industriels en raison de ses propriétés ignifuges, isolantes, textiles, etc. On en voyait partout. Le marché semblait illimité. En plus, le Québec disposait des plus grands gisements d'amiante du « monde libre » et il était source de prospérité pour la région d'Asbestos. En 1977, le gouvernement du Québec a nationalisé une partie de l'industrie pour profiter de l'aubaine. C'était une erreur. À mesure que les effets sur la santé des travailleurs et sur la qualité de l'air intérieur de l'amiante ont été connus, des restrictions de plus en plus fortes se sont mises en place un peu partout dans le monde. Le commerce de l'amiante est devenu plus difficile, donc moins rentable. Aujourd'hui, il y a toujours des réserves d'amiante au Québec, mais si on en trouve dans un édifice, il faudra payer des sommes faramineuses pour s'en débarrasser.

Le pétrole et les autres carburants fossiles ont été au coeur du développement industriel du dernier siècle. À juste titre, posséder des réserves de pétrole était un avantage économique, à condition de pouvoir rejoindre les marchés. Depuis plus de trente ans, l'enjeu des changements climatiques et la qualité de l'air des villes pèsent sur l'avenir du pétrole comme carburant. Il est scientifiquement établi que nous ne pouvons plus continuer sur la même tendance de consommation toujours accélérée. Pis encore, les scientifiques nous ont clairement démontré que pour la sauvegarde des équilibres planétaires, il fallait que nous devenions rapidement moins dépendants des carburants fossiles, quitte à ce que les réserves actuellement connues restent sous terre, où elles ne posent aucun problème pour l'environnement.

Actuellement, deux projets sont présentés dans le débat public comme des enjeux de développement économique : « Énergie est » pour le transport de brut des sables bitumineux d'Alberta vers l'Atlantique et l'exploration pétrolière à Anticosti pour déterminer d'éventuels paramètres d'exploitation de cette ressource au Québec. Une certaine opposition se manifeste localement en raison des impacts environnementaux présumés en cas de déversement ou pour le tribut que l'exploitation porterait à notre patrimoine naturel. Nous ne discuterons pas du bien-fondé de ces arguments. La question est ailleurs. Le pétrole n'est plus une ressource d'avenir et à mesure qu'on diminuera la demande pour ce produit, les ressources connues deviendront largement suffisantes pour les besoins décroissants de l'économie du futur.

Trouver un gisement d'amiante aujourd'hui n'est pas une nouvelle qui fera augmenter la valeur d'une entreprise. Dans trente ans, il en sera possiblement de même avec les gisements de pétrole non conventionnels. La construction du pipeline « Énergie est » créera une pression sur l'exploitation de nouveaux projets en Alberta. L'extraction de pétrole de schiste à Anticosti sera chère et risquée. Les deux contribueront à augmenter les émissions de GES du Canada. Le fardeau sera reporté sur tous les autres secteurs de la société. 

Les ressources minérales sont infiniment patientes. La bonne décision est donc de ne faire ni l'un ni l'autre de ces projets. Si l'économie du futur demande une transition énergétique, il faut agir maintenant sous peine de traîner nos passifs encore longtemps.

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