L'agriculture n'a pas dit son dernier mot

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
34715820 - the tractor harvester working on the...

Agrandir

34715820 - the tractor harvester working on the field

Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / Vendredi, je ferai la conférence de clôture du congrès annuel de l'Ordre des agronomes du Québec qui porte sur les changements climatiques. Il faut comprendre que le sujet est de premier intérêt dans le domaine agricole, ici et ailleurs sur la planète. En effet, comme pour tous les écosystèmes terrestres, le climat est un facteur déterminant pour la productivité des terres agricoles. Une bonne année, c'est d'abord assez de chaleur et assez de pluies qui arrivent au bon moment.

Depuis toujours, les agriculteurs ont dû s'adapter à la variabilité climatique. Même si les scientifiques prévoient que les moyennes de température vont augmenter dans les prochaines décennies en raison de l'augmentation de la concentration des gaz à effet de serre (GES) d'origine humaine, les caprices de la météo ne sont toujours pas prévisibles au-delà de quelques jours. Or l'agriculteur vit avec la météo et il devra continuer de le faire encore longtemps. Ce qui va changer, c'est la répartition saisonnière des précipitations, les épisodes de temps violent, les sécheresses. On ne produira pas de pamplemousses au Québec avant longtemps, mais il est probable que des cultures comme le maïs-grain prennent de l'expansion. Plusieurs espèces d'insectes ravageurs des cultures vont aussi remonter vers le nord, nécessitant des mesures préventives ou correctives. Bref, il faudra s'adapter pour continuer de produire. C'est d'autant plus nécessaire que la population mondiale ne cesse d'augmenter et que sa consommation de viande, d'oeufs et de produits laitiers suit la même tendance. Dans une économie mondialisée, les malheurs des uns font le bonheur des autres. Comme de grandes zones agricoles dans l'Ouest américain, en Russie, en Australie, autour de la Méditerranée sont menacées de sécheresses importantes, les terres du Québec seront d'autant plus nécessaires. Certains spéculateurs l'ont compris.

Mais l'agriculture n'est pas que dépendante de l'évolution du climat. Elle est aussi un des secteurs de l'activité humaine où on émet le plus de gaz à effet de serre avec près de 12 % des émissions totales. Au Québec, ces émissions sont surtout liées à l'élevage et à la production laitière (43 %) à la gestion des terres (35 %) et au carburant des machineries agricoles (18 %). Or il existe des moyens pour réduire les émissions dans tous ces secteurs. On peut obtenir par exemple des réductions significatives de la production de méthane par les vaches en modifiant leur alimentation. On peut réduire aussi les émissions en conservant le carbone du sol par le semis direct. Il y a enfin moyen de mieux gérer les fumiers. Dans le domaine de la machinerie, une utilisation plus efficace peut signifier des économies d'argent et des réductions d'émissions. La production d'agrocarburants n'est pas vraiment intéressante, mais des recherches sur le bioraffinage sont prometteuses pour la transformation de résidus agricoles en substitution à des produits pétroliers. Mais il y a aussi moyen d'aller plus loin en considérant les terres agricoles comme des puits de carbone. On peut penser à l'utilisation de certaines cultures comme engrais verts, à l'agroforesterie ou encore à l'incorporation de biochar (un charbon produit à partir de résidus forestiers ou agricoles) dans les sols. Ces pratiques en améliorent la fertilité et le contenu en carbone. Là aussi, des recherches prometteuses pourraient trouver application chez nous.

L'adaptation et la lutte aux changements climatiques sont deux côtés d'une même médaille. Les agriculteurs devront s'adapter, mais ils peuvent aussi contribuer de manière significative à la réduction des émissions et à l'augmentation de la fixation du CO2 atmosphérique. Nous aurons toujours besoin des agriculteurs pour notre sécurité alimentaire, mais dans le domaine de la sécurité climatique, l'agriculture n'a pas dit son dernier mot!

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer