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CHRONIQUE / Dans les six dernières chroniques de cette série, nous avons vu... (Photothèque Le Soleil)

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / Dans les six dernières chroniques de cette série, nous avons vu quels étaient les principaux facteurs de l'érosion des berges des cours d'eau. Certaines sont naturelles, comme les crues exceptionnelles et les tempêtes, d'autres sont la responsabilité des riverains, des plaisanciers ou des gestionnaires des niveaux de l'eau.

En fait, la gestion des bassins versants est une opération complexe qui peut permettre en amont de réduire les facteurs qui favorisent l'érosion, mais il faut aussi beaucoup d'éducation et d'engagement des riverains pour éviter les problèmes qui affectent nos cours d'eau et qui font quelquefois la manchette. N'empêche que l'attribution des responsabilités dans le domaine de l'érosion des berges relève de la science et du droit. Malheureusement, le droit s'est construit avant la science et le règlement des litiges relève bien peu de la science.

L'attribution des droits qui permettent à des entreprises ou à des propriétaires de harnacher des cours d'eau pour leur profit ou d'occuper les berges des cours d'eau date souvent de plus d'un siècle. Si les avocats et les juges d'aujourd'hui accusent une déficience de formation scientifique, on peut penser que ceux qui ont établi le droit au dix-neuvième et au début du vingtième siècle n'étaient pas plus avertis en la matière. Par ailleurs, les lois et règlements qui gouvernent l'eau réfèrent à plusieurs niveaux de gouvernement dans notre système. Les lois fédérales, provinciales et les règlements municipaux se superposent et quelquefois se contredisent. Les obligations des uns et des autres sont quelquefois prescrites, mais le plus souvent, l'État manque de moyens pour en contrôler l'application. C'est une chose de dire qu'il faut protéger la bande riveraine des cours d'eau et une autre de contrôler et de sanctionner les contrevenants. Plus encore, il existe une notion généralement reconnue que le droit acquis est imprescriptible. Ainsi, si on vous a donné un droit en 1922, vous pouvez toujours l'exercer en 2022 si personne n'a passé de loi qui vous l'interdise. Enfin, les lois fédérales ont préséance sur les lois provinciales qui peuvent déclasser les règlements municipaux. Lorsqu'arrive un litige, il faut que les avocats plaident et que les cours tranchent.

Aujourd'hui, nous comprenons beaucoup mieux la dynamique des bassins versants et les éléments naturels et humains qui favorisent ou préviennent l'érosion. Mais la science ne dit pas tout. Il reste encore beaucoup à découvrir et les chercheurs dans le domaine de l'hydrologie, de l'écologie et de la limnologie s'y emploient. En revanche, la gestion par bassins versants fait autorité depuis les années 1990 pour permettre la cohabitation des humains sur les rives des plans d'eau et la satisfaction de leurs multiples besoins. Le développement durable emprunte cette voie. 

Au Québec, nous disposons d'un patrimoine hydrographique unique au monde. Plus d'un million de lacs parsèment notre territoire et constituent une des plus grandes réserves d'eau douce du monde. La plupart sont sauvages et subissent peu d'impacts de l'activité humaine, toutefois, ceux qui sont situés dans les zones habitées se dégradent rapidement. Dans un contexte de changements climatiques, les facteurs qui accélèrent leur dégradation se feront de plus en plus déterminants. Par exemple, on peut s'attendre à une récurrence plus fréquente des crues exceptionnelles, à des automnes plus chauds qui retarderont la prise des glaces, à des canicules qui favoriseront la prolifération des algues bleu-vert. La solution exige que nous travaillions ensemble dans une approche intégrée et respectueuse pour gérer plus intelligemment nos plans d'eau et permettre à nos enfants et petits-enfants d'en bénéficier. Industriels, riverains, municipalités, plaisanciers, agriculteurs, scientifiques, chacun a sa part de travail à faire pour une cohabitation harmonieuse et une sauvegarde de notre patrimoine aquatique.

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