Bien trop peu

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Centre de tri de Québec... (Le Soleil, Erick Labbé)

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Centre de tri de Québec

Le Soleil, Erick Labbé

Nicole Huybens
Le Quotidien

CHRONIQUE / Les vacances sont finies, ma famille est repartie là-bas, si loin, la nostalgie m'envahit et le monde me désespère... Selon l'ONG Global Footprint Network, lundi était le «jour du dépassement global», date à laquelle les exigences de l'humanité à la nature dépassent la capacité de la planète à régénérer les ressources consommées et à absorber les déchets produits.

L'humanité vit «à crédit» cinq jours plus tôt que l'année dernière.

L'ONG réalise ce calcul annuel à partir de données venant d'institutions sérieuses, dont l'Agence internationale de l'énergie, le département des statistiques des Nations Unies, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat et différentes universités, en croisant la capacité de la planète et des espèces à se maintenir et l'empreinte écologique des humains. Le calcul inclut les émissions de CO2 qui représentent actuellement 60% de l'empreinte écologique de l'humanité.

Si rien ne change, la date du dépassement se situera autour du 28 juin en 2030. Mais, si les recommandations de Paris sur les changements climatiques sont prises au sérieux dans le monde, la date reculerait au 16 septembre. Il faudrait pour cela diminuer nos émissions mondiales de GES de 30% - c'est vraiment beaucoup.

L'idée d'une humanité qui vit à crédit place dans le langage financier l'idée que nous consommons trop et que nous ne conservons pas assez pour le futur.

Mais elle occulte aussi le fait que la nature ne peut se résumer aux services qu'elle nous rend. En la transformant en objet inféodé à nos plus futiles désirs, nous oublions tout ce qu'elle est indépendamment de nous. Nous oublions qu'il faut aimer et pas seulement compter pour travailler avec la nature à «coconstruire» une planète accueillante pour tous les humains et tous les non-humains. Nous oublions que la vie dans sa diversité, sa beauté, sa poésie n'a pas de valeur monétaire.

Nos choix en lien avec la nature ont pour effet de transformer la planète à un rythme sans précédent en simplifiant les écosystèmes à outrance - agriculture industrielle, forêts plantées remplaçant les forêts tropicales et pelouses rases devant les maisons!

Et certainement autant qu'une question de «jour de dépassement», la question fondamentale à se poser serait : pourquoi faisons-nous cela? Pourquoi la consommation futile et sans fin est-elle plus attrayante que la pensée, la simplicité, l'été pour lui-même, la forêt «enchanteresse» et enchantée? Pourquoi dépenser quelquesdollars sur un objet dont nous avons à peine besoin, en oubliant les conditions dans lesquelles il a été produit, les gaz à effet de serre émis pour l'amener jusqu'ici et les siècles qu'il faudra pour qu'il «disparaisse» dans un site d'enfouissement?

Il y a des réponses «évidentes» et trop faciles comme l'idée que l'argent est la mesure de toute chose. Mais elles ne répondent pas à ce «pourquoi» obsédant, elles déplacent seulement la question. Qu'est-ce que le portefeuille guide-t-il le plus entre le coeur et la raison?

Et ne me dites pas que c'est comme ça depuis que le monde est monde! Les humains ont inventé l'argent, il ne fait pas partie de nos gènes!

Il me semble que si nous pouvions mieux comprendre ce pourquoi fondamental, les conseils donnés aujourd'hui auraient plus de sens et pourraient nous aider à bifurquer vers un autre monde.

Car le jour du dépassement est moins un fait incontestable qu'une signification, un sens à donner à nos choix comme humanité aujourd'hui confrontée aux conséquences bien réelles de son activité frénétique et démesurée.

En attendant, on calcule et on fait ce qu'on peut.

Et c'est bien trop peu...

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