Conséquence inattendue

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CHRONIQUE / Il y a près de quatre milliards d'années, une révolution a changé... (Archives Le Quotidien)

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / Il y a près de quatre milliards d'années, une révolution a changé le destin de la planète. Des organismes microscopiques, les algues bleu-vert ou cyanobactéries, ont développé la capacité de capter la lumière du soleil pour fixer le dioxyde de carbone atmosphérique et fabriquer leur propre nourriture en rejetant de l'oxygène. En plus, ces organismes très autonomes avaient l'équipement enzymatique pour fixer l'azote de l'air.

Les cyanobactéries ont traversé toutes les crises d'extinction qui ont bouleversé la vie sur la planète et elles se retrouvent encore aujourd'hui dans tous les milieux où il y a de l'eau, de la lumière et quelques sels minéraux. Elles font donc partie naturellement du plancton de nos lacs. Elles sont toutefois peu abondantes en raison de faible concentration des sels minéraux qui leur sont indispensables, en particulier les phosphates.

Lorsqu'on leur fournit des phosphates, les cyanobactéries se multiplient de façon exponentielle, ce qui provoque des «fleurs d'eau» (algal bloom en anglais). Ces fleurs d'eau sont caractéristiques selon les espèces. Certaines colonies sont filamenteuses, d'autres s'étalent. On peut les identifier grâce à un guide produit par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte aux changements climatiques (www.mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/cyanobacteries/guide-identif.pdf).

Outre l'apparence douteuse qu'elles donnent aux plans d'eau affectés, les fleurs d'eau posent quelquefois des problèmes de santé publique en raison de substances toxiques qu'elles sécrètent dans l'eau, ce qui peut aller jusqu'à empêcher la baignade. Ces substances neurotoxiques peuvent aussi affecter les poissons qui n'ont pas le choix de pratiquer la baignade à plein temps...

Les fleurs d'eau se produisent généralement dans les zones peu profondes où l'eau se réchauffe plus vite. Elles peuvent aussi être favorisées par des pluies abondantes qui entraînent des éléments nutritifs du bassin versant vers le lac.

Les phosphates peuvent provenir de plusieurs sources: engrais agricoles utilisés dans le bassin versant, engrais utilisés pour les gazons dans la zone littorale du lac, fosses septiques ou champs d'épuration défectueux, mais les apports peuvent aussi provenir de l'érosion des berges. En effet, selon la nature des berges, le phosphore est adsorbé (lié faiblement) sur des particules d'argile ou présent dans la matière organique. Il peut ainsi être rendu disponible à court ou à moyen terme pour provoquer des fleurs d'eau. La prolifération des cyanobactéries devient ainsi une conséquence inattendue de la villégiature et des sports nautiques motorisés.

Le plaisir que nous prenons à fréquenter nos lacs l'été et l'intensification des activités qui fragilisent le bord des cours d'eau ne sont pas étrangers aux épisodes de plus en plus fréquents de prolifération des cyanobactéries dans les lacs du Québec. C'est un problème auquel notre région n'échappe pas.

Comment peut-on limiter l'érosion qui enrichit nos lacs en phosphore? Les solutions sont multiples. La plus efficace est le maintien d'une bande de végétation riveraine constituée de plantes ligneuses, arbres et arbustes dont les racines contribuent à consolider les dépôts meubles et qui récupèrent les fertilisants avant qu'ils ne parviennent à l'eau. De leur côté, les herbiers aquatiques absorbent l'énergie des vagues et limitent leur effet érosif. Enfin, en limitant le passage des embarcations motorisées près des berges, on préserve leur intégrité.

Les proliférations de cyanobactéries dans nos plans d'eau sont un symptôme d'un déséquilibre dans l'écosystème. Il n'y a qu'une façon de résoudre le problème: s'attaquer à ses causes. Seule une approche par bassin versant est garante du contrôle des cyanobactéries.

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