Des pratiques destructrices

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CHRONIQUE / «L'été, l'été, c'est fait pour jouer...», chantaient jadis Cannelle... (Photo collaboration spéciale Steve Jolicoeur)

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Photo collaboration spéciale Steve Jolicoeur

Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / «L'été, l'été, c'est fait pour jouer...», chantaient jadis Cannelle et Pruneau, les marionnettes de l'émission Passe-Partout qui a enchanté mes enfants. Saison des vacances favorite des Québécois, ses journées ensoleillées et l'eau chaude des lacs invitent à la détente et aux sports nautiques. Nos lacs situés près des grands centres sont d'ailleurs envahis dès la fin juin et la population de certaines municipalités riveraines se multiplie par trois ou par cinq avec l'afflux des vacanciers.

Outre le bruit quelquefois tonitruant des embarcations motorisées qui produisent un fond sonore affectant la quiétude des riverains, l'impact des sports nautiques sur les berges des lacs est préoccupant à maints égards. Un des impacts souvent ignorés est l'érosion causée par les vagues des embarcations. On sait depuis longtemps l'effet dévastateur des transports maritimes sur les berges du Saint-Laurent. Les armateurs qui fréquentent la voie maritime du Saint-Laurent se sont d'ailleurs donné, il y a une dizaine d'années, un code d'éthique pour réduire la vitesse des bateaux dans la réserve de la biosphère du lac Saint-Pierre pour réduire la force destructrice des vagues. Il faut comprendre qu'en vertu du principe d'Archimède, un bateau génère dans son sillage des vagues en proportion avec la masse d'eau qu'il déplace. Ces vagues vont brasser les sédiments dans les zones peu profondes et leur énergie va se dissiper en heurtant le rivage. Si celui-ci est constitué de matériaux meubles comme de la terre, du sable ou de l'argile, les particules les plus fines seront entraînées dans l'eau, ce qui causera des pertes de terrain par érosion. Ce problème peut être majeur dans la plupart des lacs où se pratique la villégiature et où l'on autorise les sports nautiques motorisés.

Les motos marines, les hors-bord qui tractent des skieurs nautiques et surtout, les wake boats et les speed boats sont les pires ennemis des berges s'ils ne sont pas pilotés avec circonspection. Or, il semble que la circonspection ne soit pas la vertu cardinale de ceux qui pilotent ces engins. Plusieurs études pointent vers le mauvais usage de ces embarcations pour expliquer la détérioration de lacs au Québec, comme la plupart des associations de protection des lacs le déplorent depuis 1972. En effet, la mise en suspension des sédiments fins, en particulier lorsque les berges sont cultivées ou engazonnées, encourage l'eutrophisation (c'est-à-dire le vieillissement du lac), diminue la transparence de l'eau et favorise la croissance des algues bleu-vert.

Il existe divers outils règlementaires qui permettent de régler ce problème à la source. Par exemple, des associations de villégiateurs interdisent carrément les embarcations à moteur sur leurs plans d'eau. Les municipalités ont aussi le pouvoir de règlementer sur la puissance des embarcations motorisées ou sur leur nombre en contrôlant les points d'accès ou en privilégiant l'attribution de permis aux résidents. La loi fédérale sur la marine marchande permet d'imposer des restrictions à la navigation de plaisance par son Règlement sur les restrictions à la conduite des bateaux qui vise la protection de l'environnement, la sécurité et l'intérêt public. Cependant, cette loi fédérale est un dernier recours.

Comme dans toute chose, il est préférable d'apprendre à se servir de sa tête. Les embarcations motorisées qui génèrent des sillages significatifs devraient être conduites à faible vitesse lorsqu'on s'approche du bord ou dans les zones de faible profondeur. Une étude récente faite à l'UQAM a d'ailleurs démontré qu'une activité comme le wakeboard ne devrait jamais être pratiquée à moins de 500 mètres du bord pour éviter ses effets sur l'érosion. C'est donc seulement sur les plus grands lacs qu'on devrait la pratiquer. Tant pis pour les m'as-tu-vu!

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