Les pesticides, un constat alarmant

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L'effet des pesticides sur les abeilles peut être... (Archives AFP)

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L'effet des pesticides sur les abeilles peut être néfaste.

Archives AFP

Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / Les agriculteurs sont des gens proches de la nature. Soumis aux aléas du climat, leur travail consiste à tirer pour les humains des denrées alimentaires issues des écosystèmes dont ils contrôlent les conditions.

Depuis le Néolithique, le principe est le même : éliminer la végétation naturelle sur un sol pour y semer des graines d'une espèce qu'on souhaite récolter. Pendant toute la durée de la production, l'agriculteur ou l'agricultrice doit contrôler les conditions pour favoriser les espèces choisies et éloigner les autres ou mieux, les éradiquer. Depuis le début du vingtième siècle, l'industrie chimique a mis au service des agriculteurs des outils très puissants pour y parvenir : les pesticides. 

L'enthousiasme des utilisateurs de pesticides et le manque de connaissances sur leurs impacts sur la biodiversité et sur la santé humaine ont incité en 1962 Rachel Carson à publier son célèbre ouvrage Le printemps silencieux. Depuis, plusieurs pesticides ont été interdits et une règlementation de plus en plus sévère a été mise en place pour limiter leur utilisation. Au Québec, un plan d'action sur les pesticides a été adopté il y a plus de 25 ans.

Dans son dernier rapport de vérification, paru le 6 juin, le Commissaire au développement durable (CDD), M. Jean Cinq-Mars a fait état de ses observations et recommandations sur les pesticides au Québec. On y découvre que le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte aux changements climatiques (MDDELCC) et le ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation (MAPAQ) qui sont responsables de ce dossier n'ont pas pu empêcher une augmentation alarmante de l'usage des pesticides au Québec.

Parmi ses constats, le CDD signale que le MDDELCC ne répertorie pas correctement certaines familles de pesticides, comme les néonicotinoïdes, dont on se sert pour enrober les semences et dont on sait maintenant l'effet sur les abeilles et autres insectes pollinisateurs. Le MAPAQ ne fait pas grand-chose pour convaincre les agriculteurs d'utiliser moins de pesticides, alors qu'ils sont responsables de 90 % de leur utilisation. En conséquence, des indicateurs alarmants se constatent sur le terrain : les rivières en milieu agricole contiennent des concentrations alarmantes de pesticides, et les indicateurs de l'état de la biodiversité y sont « précaires » ou « mauvais ». On retrouve aussi des traces de pesticides dans plusieurs sources d'eau potable et sur les fruits et légumes. 

Le CDD formule huit recommandations à l'attention du MDDELCC et du MAPAQ : faire un inventaire complet des ventes de pesticides y compris ceux qui enrobent les semences ; adopter un plan d'action avec des échéances pour rétablir la qualité des cours d'eau ; renforcer l'encadrement de l'usage des pesticides ; diversifier les tests sur les aliments pour la présence de pesticides ; offrir une information complète aux citoyens sur les pesticides présents dans les aliments ; suivre la cible concernant l'utilisation de la gestion intégrée des ennemis des cultures, en mesurer les résultats et en rendre compte régulièrement ; soutenir et informer les agriculteurs pour qu'ils adoptent des méthodes de gestion intégrée des ennemis des cultures ; et mettre en place un mécanisme d'écoconditionnalité pour inciter les agriculteurs a réduire leur utilisation de pesticides. Bref, il faudrait que les bottines gouvernementales suivent les babines des politiciens.

Les pesticides doivent être utilisés correctement et en dernier recours. L'agriculture biologique nous démontre qu'on peut s'en passer. Faire une agriculture plus rentable pour les producteurs, plus respectueuse de l'environnement et sans danger pour la santé humaine est un impératif de développement durable. Il faudra toujours faire de l'agriculture pour nourrir l'humanité. C'est un métier noble qui sera d'autant plus respecté que ses impacts négatifs seront internalisés et réduits au minimum.

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