L'avenir des agrocarburants

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Récolte de maïs, qui sert à la fabrication... (Photo: Robert Skinner, archives La Presse)

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Récolte de maïs, qui sert à la fabrication de l'éthanol.

Photo: Robert Skinner, archives La Presse

 

Claude Villeneuve
Le Quotidien

Il y a très longtemps que l'humanité a appris à fabriquer de l'alcool avec des céréales. L'éthanol est une molécule simple qui brûle facilement et qui contient de l'énergie qui est alors libérée par oxydation. Ça marche dans votre poêle à fondue, comme dans le moteur de votre auto, puisqu'il y a maintenant systématiquement 5% d'éthanol ajouté à l'essence. Mais les céréales sont principalement cultivées pour l'alimentation humaine et animale. D'une certaine façon avec les agrocarburants, l'automobile s'est invitée à la table.

L'utilisation de l'éthanol et du biodiésel est quelquefois vue comme une mesure pour réduire les émissions de gaz à effet de serre dans un contexte de lutte aux changements climatiques. Pour certains pays, comme le Brésil, c'est aussi une composante de la sécurité énergétique nationale. Il y a donc un potentiel pour que la demande en agrocarburants augmente significativement pour atteindre les objectifs de l'accord de Paris qui vise à limiter le réchauffement du climat. Les pays doivent proposer des mesures nationales de réduction des émissions et le remplacement du pétrole par des agrocarburants en est une.

Dans un article publié le 3 mars 2016 dans la revue Scientific reports (http://www.nature.com/articles/srep22521), une équipe de chercheurs italiens a exploré l'effet des agrocarburants sur la demande en eau et en sols agricoles dans la perspective où cette solution serait favorisée dans un futur prochain. En effet, la production accrue d'agrocarburants pourrait rapidement menacer la sécurité alimentaire de l'humanité dans un monde qui continue sa croissance démographique. Actuellement, la demande en eau et en terres pour la production des agrocarburants représente l'équivalent de la nourriture de 280 millions de personnes. Elle occupe 4% des terres agricoles mondiales et monopolise de 2 à 3% de l'eau utilisée en agriculture. Pourtant, la part des agrocarburants n'est que de 4% des besoins énergétiques du transport. Mais les besoins alimentaires évoluent dans plusieurs pays en développement qui consomment de plus en plus de viande. En 2030, pour 10% des besoins énergétiques dans le transport, seules 4,8 milliards de personnes verraient leurs besoins alimentaires satisfaits. Et pour un transport reposant à 100% sur les agrocarburants, on ne pourrait plus nourrir que 2,5 milliards de Terriens alors que nous serons 8 milliards en 2030!

Ce dilemme illustre bien la nécessité de voir le développement durable de manière systémique. Dans les objectifs de développement durable adoptés par les Nations Unies l'automne dernier (http://www.undp.org/content/undp/fr/home/sdgoverview/post-2015-development-agenda.html), il y en a un sur la sécurité alimentaire (ODD#2), un traite d'énergie propre (ODD#7) et un autre concerne la lutte aux changements climatiques (ODD#13). Si on veut progresser sur la voie du développement durable, on ne peut pas poursuivre l'un sans tenir compte de ses effets sur l'atteinte des deux autres. Peut-être les agrocarburants représentent-ils une solution partielle pour lutter contre les changements climatiques et augmenter la proportion d'énergie propre, mais augmenter leur production menace la sécurité alimentaire.

Dans nos travaux récents, à la Chaire en éco-conseil, nous avons intégré les 17 ODD à nos outils d'analyse du développement durable. Ces outils permettent d'analyser des politiques, stratégies, programmes et projets pour y intégrer les éléments pertinents de durabilité dans une vision systémique. Ces analyses permettent de prioriser les objectifs et leurs cibles, d'explorer les synergies et les antagonismes et d'éclairer la prise de décision. Ils seront mis en vedette dans un colloque international dans le cadre du 84e congrès de l'ACFAS à Montréal les 10 et 11 mai prochain. C'est très excitant de voir que des initiatives scientifiques élaborées dans notre région puissent servir à penser le monde autrement.

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