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Pêche blanche sur le Saguenay.... (Archives Le Quotidien)

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Pêche blanche sur le Saguenay.

Archives Le Quotidien

 

Claude Villeneuve
Le Quotidien

CHRONIQUE / La saison de la pêche blanche bat son plein. Les pêcheurs chanceux peuvent jouir d'une occasion extraordinaire d'avoir «la nature au bout du fil». Les poissons qu'on attrape au Saguenay, au lac Kénogami ou au lac Saint-Jean sont bien agréables à ferrer, mais qu'en est-il de leur qualité pour la consommation?

Lorsque j'étudiais l'écologie au début des années 1970, la consommation de poissons du Saguenay était fortement déconseillée. La teneur des crustacés et poissons en divers contaminants excédait à l'époque de plusieurs milliers de fois le niveau général qu'on pouvait retrouver dans d'autres populations de poissons soumis à la pêche commerciale ou sportive. Les sources de mercure et de POPs, ou polluants organiques persistants (hydrocarbures aromatiques polycycliques, pesticides organochlorés) étaient bien identifiées.

En effet, les complexes industriels de l'époque déversaient depuis une cinquantaine d'années des eaux industrielles et des fumées sans traitement. Jusqu'en 1972, le DDT était utilisé sans précautions en agriculture et les BPC isolaient à peu près tous les transformateurs électriques. Comme je l'avais dit à la rigolade dans une conversation avec Gilles Vigneault: «Si tu mets tes poubelles dans le frigo, il ne faut pas s'étonner que le beurre ait un drôle de goût!»

Donc les polluants déversés dans le bassin versant du Saguenay se retrouvaient concentrés dans les poissons prédateurs au point d'en rendre la consommation non sécuritaire, surtout pour les femmes enceintes. 

Cette situation était commune à l'époque aussi bien dans les Grands Lacs que dans la majorité des zones industrialisées. Heureusement, l'application de normes environnementales plus sévères et le bannissement de certains POPs ont tari la source d'accumulation. Mais les POPs, comme leur nom l'indique, sont persistants. Les poissons du Saguenay étaient encore significativement contaminés il y a vingt-cinq ans. On pouvait donc à bon escient, mettre des bémols sur leur comestibilité.

En 1996, les crues exceptionnelles que nous avons nommées «déluge du Saguenay» ont changé les choses en apportant dans le fjord des milliards de tonnes de sédiments peu contaminés provenant de l'érosion. Ces sédiments ont recouvert les fonds pollués d'une épaisseur suffisante pour empêcher que les invertébrés dont se nourrissent les poissons ne puissent avoir accès au réservoir de polluants qui s'est ainsi trouvé isolé de l'écosystème. Les poissons de fond se trouvaient alors à l'abri de la contamination et on a vu leur teneur en polluants diminuer graduellement jusqu'à ne plus représenter de danger pour la consommation humaine. Vingt ans plus tard, les poissons, surtout les plus petits, sont libérés de cette tare historique.

Le fait n'est pas unique. Le 28 janvier, une étude a synthétisé les observations faites sur le sujet à l'échelle mondiale. Plusieurs travaux avaient suggéré une baisse graduelle de la contamination des poissons marins, mais ils ont pour la plupart porté sur des espèces individuelles ou à un échelon local comme le Saguenay. Afin d'avoir un point de vue plus global, l'équipe de Lindsay Bonito, de la Scripps Institution of Oceanography à San Diego, a repris l'ensemble des données bibliographiques de 1969 à 2012 afin d'estimer l'évolution mondiale des teneurs de plusieurs POPs dans la chair des poissons. Bonne nouvelle, ce taux semble diminuer partout, ce qui illustre l'efficacité à long terme des mesures de protection de l'environnement. Naturellement, ces chiffres sont valables en moyenne et il demeure que les plus gros poissons prédateurs sont plus contaminés que les petits. 

J'en tire une leçon: la nature est résiliente et les efforts des humains pour mieux traiter leur environnement sont payants pour notre santé. À la pêche sous la glace ou chez votre poissonnier, vous pouvez maintenant apprécier le poisson sans arrière-pensées. Bon appétit!

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