Entre science et morale

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Le climat, ce n'est pas seulement le climat,... (Photo Agence France-Presse)

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Le climat, ce n'est pas seulement le climat, c'est aussi la société de consommation, la pauvreté de populations entières, les déchets, la pollution, le déclin de la biodiversité... et c'est aussi la responsabilité que nous portons en prenant des décisions d'utiliser ou pas ou moins les énergies fossiles.

Photo Agence France-Presse

 

Nicole Huybens
Le Quotidien

J'ai lu un livre de l'anthropologue et philosophe des sciences Bruno Latour, Face à Gaïa. Huit conférences sur le Nouveau Régime Climatique. Il étudie comment les chercheurs d'aujourd'hui découvrent les vérités scientifiques contemporaines.

De ce livre assez difficile, je retiens notamment l'idée du « faux débat » à propos des sciences du climat. Bruno Latour rappelle que la science se distingue par principe de la morale : elle a été construite pour permettre de décrire ce qui est, contrairement à la morale qui dicte ce qu'il faut faire. C'est une chose de savoir que l'épinette noire se régénère grâce à ses graines et par marcottage, qu'une roche peut être sédimentaire ou ignée, que le climat de la terre est fait de périodes glaciaires très longues entrecoupées de périodes plus chaudes depuis 4.5 milliards d'années ou que l'air est composé de 78 % d'azote, de 21 % d'oxygène et de très petites quantités d'autres gaz y compris du CO2.   Et c'est une autre chose que savoir comment se comporter en forêt, dans les mines, avec le climat ou l'atmosphère.  

Mais dans le monde contemporain, la fonction de la science semble changer. Par exemple, découvrir par des méthodes scientifiques reconnues que les populations de caribous déclinent, induit l'obligation de les protéger. Ou bien apprendre grâce aux scientifiques que le climat de la planète se réchauffe, que la cause est identifiée (les émissions de CO2 d'origine humaine) et que les modèles prédisent des épisodes extrêmes et plus nombreux si rien n'est fait, rend minuscule et invisible le pas à faire pour trouver dans le discours scientifique une prescription morale et politique. C'est comme si, à notre époque, il n'y avait plus de pertinence à faire la distinction entre science et morale, comme si la description scientifique devenait la règle morale ou comme si la science devait remplacer le débat moral. Et c'est là que finalement les climatosceptiques nous apprennent quelque chose : c'est au nom de leur conception particulière de la liberté qu'ils contestent le réchauffement climatique en faisant de ce dernier une simple et fausse croyance.

La vérité scientifique amalgamée avec la morale par les uns et niée au nom de leur liberté par les autres entoure de brouillard ce que nous ne voulons plus voir : nous ne pouvons pas être libres si nous ne sommes pas en même temps responsables de nos choix. Et ce sont les connaissances scientifiques qui ont le mérite de nous donner ce choix ou de nous faire porter ce fardeau, c'est selon... si du moins nous acceptons aussi le débat moral. La discussion sur la morale est difficile et toujours à refaire, elle n'a pas pour but de dire ce qui est vrai ou faux, elle nous conduit à savoir si quelque chose est plutôt bien ou plutôt mal. Et elle semble bien passée de mode!

Les scientifiques ont bien fait leur travail sur le climat et ils doivent continuer. Les citoyens et leurs représentants ont aussi à faire le leur. Car le climat, ce n'est pas seulement le climat, c'est aussi la société de consommation, la pauvreté de populations entières, les déchets, la pollution, le déclin de la biodiversité... et c'est aussi la responsabilité que nous portons en prenant des décisions d'utiliser ou pas ou moins les énergies fossiles.

La science d'aujourd'hui semble prescriptive, mais elle ne nous oblige que si nous le voulons bien! Car nous pouvons très bien voir le monde comme il est, y compris les changements climatiques auxquels nous participons, ET accepter un dialogue public sur la liberté et la responsabilité même s'il faut pour cela sortir des sentiers battus de notre temps. Ainsi la science aura toute sa place à sa juste place et la morale aussi.

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