Une hirondelle ne fait pas le printemps

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Nous avons appris dans le cadre de la conférence de Paris que les émissions... (Photo Associated Press)

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

Nous avons appris dans le cadre de la conférence de Paris que les émissions mondiales liées aux combustibles fossiles et à la production de ciment allaient probablement être moins élevées en 2015 qu'elles ne l'avaient été en 2014. Cette donnée a été publiée dans la revue Nature Climate Change par le Global Carbon Project, un groupe de scientifiques qui estiment à chaque année l'évolution des émissions mondiales de CO2 de diverses sources. On peut suivre leurs travaux sur le site www.globalcarbonproject.org (attention, la traduction française est imbuvable!).

En résumé, on peut lire que malgré la croissance économique, les émissions totales de CO2 de l'humanité auront très légèrement diminué après des décennies de croissance. Certains ont postulé que les émissions allaient plafonner puis décroître et qu'il serait facile de maintenir l'augmentation de température sous la barre des 2 degrés C. Malheureusement, les choses ne sont pas si simples.

D'abord, les émissions de CO2 des combustibles fossiles et de la production de ciment représentent environ 70% des émissions totales qui perturbent le climat. Les autres émissions associées à l'agriculture, à la déforestation et aux gaz industriels n'ont pas suivi la même tendance. Ensuite, le plafonnement présumé reste à un niveau qui est très au-dessus de la trajectoire nécessaire pour limiter l'augmentation de la température à +2 degrés. On peut lire à cet effet le «Emission gap report» du PNUE publié un peu plus tôt en novembre. Enfin, ces chiffres sont à prendre avec des pincettes, l'intervalle de confiance se situant entre une baisse de -1,6% et une hausse de 0,5%. Il est donc bien trop tôt pour affirmer que le problème est en voie d'être réglé, même si ces résultats marquent une rupture avec la décennie précédente (2004-2013) durant laquelle la hausse annuelle était de 2,4%.

On attribue cette baisse à une réduction de l'utilisation du charbon en Chine, en raison du ralentissement de son économie et de l'ajout majeur de puissance électrique de sources renouvelables. Bravo! Mais cela peut-il durer? Je n'en suis pas sûr. La majorité des centrales au charbon chinoises ont moins de vingt ans et leur durée de vie est d'environ 50 ans. On ne les démolira pas. Par ailleurs, l'Inde, presque aussi peuplée que la Chine et beaucoup moins industrialisée, continue de recourir massivement aux carburants fossiles et refuse obstinément de modifier sa trajectoire sans un financement conséquent par les pays plus avancés. Même si les États-Unis (15% des émissions en 2014) et l'Union européenne (10% des émissions) qui ont enregistré une baisse respectivement de -1,4% et de -2,4% par an au cours de la décennie 2004-2013, poursuivent sur leur lancée, l'Inde (7% des émissions), maintient sa hausse, compensant la baisse de l'UE, qu'elle pourrait dépasser d'ici trois ans.

Dans le dernier rapport du GIEC, on a établi que l'humanité ne pouvait pas émettre plus de 3667 milliards de tonnes de CO2 équivalent au total pour atteindre l'objectif de +2 degrés C. Or, nous en avons émis près de 2800 depuis le début de la révolution industrielle. Au rythme actuel de 53 milliards de tonnes par année, il nous reste moins de 20 ans pour avoir épuisé notre budget. Les experts du Global Carbon Project insistent donc quand même sur l'urgence de prendre des mesures immédiates et fortes pour espérer atteindre l'objectif.

À travers tous ces chiffres, le message est clair: l'enjeu de maîtriser l'évolution du climat n'est pas une chose simple et il faudra faire des efforts rapides et concertés pour décarboniser l'économie mondiale. Pour cela, il faudra sortir du pétrole et du charbon et mettre en place des initiatives de captage de CO2. En bref, une hirondelle ne fait pas le printemps et il n'y en aura pas de facile!

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