Lueur d'espoir à Paris

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Quelle sera la mesure d'un succès à Paris? (Photo Agence France-Presse)

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Claude Villeneuve
Le Quotidien

Quelle sera la mesure d'un succès à Paris?

Le 25 novembre, l'Organisation météorologique mondiale annonçait que 2015 serait l'année la plus chaude jamais enregistrée. Dans le même rapport, on trouve que 2011-2015 a été la période de cinq ans la plus chaude de l'histoire climatique depuis 1880. L'amplitude de ce réchauffement global est inusitée dans l'histoire de la planète et elle s'explique à plus de 95% par l'influence des humains. Après 21 ans de négociations et de tergiversations, plus de 190 pays sont réunis depuis le 30 novembre à Paris pour décider d'un accord qui permettra de prendre le taureau par les cornes et infléchir le rythme de réchauffement dans l'espoir de le contenir sous la limite des 2 degrés C au-dessus de la moyenne préindustrielle.

L'histoire des négociations autour de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques a de quoi nourrir le cynisme. Les positions ambiguës, les faux-fuyants, les promesses non tenues sont davantage la règle que l'exception dans un grand cirque où chacun tente de tirer les marrons du feu pour favoriser sa croissance économique immédiate au détriment de la sécurité collective. Pourquoi cela serait-il différent cette fois-ci? Qu'attend-on des pourparlers qui se déroulent actuellement à Paris? À quelles conditions pourra-t-on parler d'un succès?

Les lecteurs de cette chronique sont conscients qu'il nous reste un budget d'à peine 900 millions de tonnes de CO2 équivalent à émettre dans l'atmosphère pour avoir une chance raisonnable (66%) d'atteindre l'objectif de +2 degrés. Au rythme actuel, cela signifie moins de 20 ans. Il y a péril en la demeure! L'accord de Paris doit permettre de stopper la croissance rapidement et d'engager une réduction draconienne des émissions pour les amener à zéro entre 2050 et 2055. Il est très peu probable qu'on y parvienne. Par exemple, les engagements soumis par les pays - s'ils sont effectivement réalisés - ne permettraient de limiter la hausse du climat qu'entre 3 et 3,5 degrés. C'est très loin de la cible. Doit-on s'en désespérer?

Selon plusieurs experts, il ne faut pas s'attendre à un accord «final» au terme de la conférence de Paris, mais si on arrivait à un engagement qui montre que les pays sont sérieux pour faire face à la menace climatique et consentent à s'engager dans une transition vers une économie à basse teneur en carbone, ce serait un acquis majeur.

Plusieurs signes annonciateurs permettent d'espérer un tel résultat. D'abord, les organisations internationales dédiées à l'économie ont donné le signal du ralliement. Loin d'être une catastrophe économique, un monde à faible impact carbonique serait beaucoup moins insécurisant qu'un monde à + 3 degrés. C'est nouveau. Ensuite, les plus grands émetteurs, au premier rang la Chine, ont engagé des actions concrètes pour réduire leurs émissions. Enfin, la France, pays hôte de la conférence, multiplie les efforts diplomatiques pour obtenir un accord qui fonctionne. Ce n'est pas acquis, il restera toujours des mauvais coucheurs, mais c'est beaucoup plus difficile de s'en sortir indemne comme tire-au-flanc lorsque la majorité va de l'avant.

Pour atteindre l'objectif de 2 degrés, il faudrait une décroissance immédiate et continue de l'ordre de -6% des émissions chaque année. On sera chanceux si on obtient 0 à -2%. Mais il faut commencer quelque part, quitte à revoir les cibles et les engagements tous les cinq ans.

Les pommes de discorde restent nombreuses, les coups fourrés sont toujours possibles, mais au moins, les «climatosceptiques», qui avaient en partie fait déraper la Conférence de Copenhague en 2009, sont devenus plus rigolos que dangereux. Si l'accord de Paris donne une base de travail sérieuse avec des réajustements périodiques pour les prochaines décennies, il faudra s'en réjouir.

Vous pouvez suivre chaque jour un résumé des négociations sur synapse.uqac.ca à 13 h du lundi au vendredi en collaboration avec l'AQLPA.

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